Comme un chien dans un jeu de quilles

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Il y avait ce matin à la radio une dame à qui l’on demandait de dire ce qu’elle ressentait. Comme elle est comédienne et qu’elle fait du théâtre vivant, elle commença à parler, avec une certaine émotion, de l’angoisse qui était la sienne et celle de ses confrères en cette période où le confinement interdit les spectacles et où les comédiens ne savent pas de quoi demain sera fait ; on la comprend parfaitement. Puis est venu un moment, qu’on a pu détecter au changement de ton ou de rythme de respiration, un moment où, au lieu de parler de ce qu’elle ressentait, elle a dit ce qu’elle avait préparé et prévu de dire. Et à la spontanéité du début, s’est substitué l’esprit de sérieux.

On dit parfois que l’esprit de sérieux vient de l’incapacité à prendre de la distance. Mais ce qui est apparu ce matin, c’est l’autre face de l’histoire : l’esprit de sérieux, c’est aussi l’incapacité à être vraiment à ce qu’on fait, une sorte de distraction, de manque d’attention à ce qui nous entoure, d’absence de feed-back. Qui est touché par son aile s’abstrait du hic et nunc pour suivre et laisser parler ses pensées intérieures sans réaliser qu’elles sont déconnectées du lieu et du moment et qu’elles sont, du coup, dé-placées, comme l’est un chien dans un jeu de quilles.

En quelque sorte, un manque de sérieux.

 

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