Vertige

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Écoutant, l’autre jour, l’hommage qu’Emmanuel Macron rendait, à la télévision, à Jacques Chirac, j’ai été saisi d’un vertige.

Ce discours était très beau, très émouvant. Il était rempli de tendresse à l’égard de cet homme dont, à l’heure de la mort, on ne voulait garder que le souvenir de ses grandes qualités : son humanité, sa gentillesse, sa ténacité, et le courage dont il avait su également faire preuve. C’était un bel hommage, amical, tendre et digne.

Mais en écoutant cet hommage, qui paraissait si sincère, je ne pus m’empêcher de faire le lien, et le départ, entre la bonté qui s’affichait sur mon écran de télévision, et les images, qu’on voyait désormais si couramment, de manifestations réprimées avec une extrême violence, la fermeture de nos frontières aux migrants, et le déséquilibre constant de nos politiques entre ce qui est donné aux puissants et ce qui est laissé aux autres.

C’est dans la conscience de cet écart que le doute s’insinua : et si cet homme, qui savait si bien dire de belles paroles et nous toucher par sa bienveillance, mentait ? Et si tout cela n’était que du pipeau, de l’hydromel versé seulement pour endormir notre attention ? Un précipice,  soudain,  a béé.

L’objet de mon propos n’est pas la sincérité du président de la République ; je ne saurais en dire quoi que ce soit de sérieux ou d’utile. Il est de constater que ce qui a fait naître un doute en moi est l’accent de sincérité même, de douceur, qu’empruntaient ses paroles et le déphasage existant entre cet accent et ce que nous renvoient chaque jour les nouvelles : un hiatus croissant.

Je sais (et crois accepter) que la politique est un art difficile et ingrat qui exige qu’on se coltine la réalité, qu’on fasse quotiennement des compromis et qu’on se salisse les mains en conséquence. Cela, je le sais. Mais il ne faut pas jouer avec la sincérité car c’est est un crime contre l’esprit. Et c’est ce sentiment que – injustement peut-être –  l’accent de sincérité employé ce soir là par le Président suscitait. Peut-être son discours était-il trop bien écrit  ; peut-être son attitude était-elle trop bien léchée : quelque chose en moi a rebiffé contre cette rondeur lisse que tant d’autres choses paraissaient démentir.

 

 

5 réflexions au sujet de « Vertige »

  1. Je n’ai pas écouté son discours, mais je veux bien croire que c’était du pipeau 🙂 Je suppose qu’il a tout intérêt à faire l’éloge de Chirac, qui est très populaire auprès des français, pour essayer d’en récolter quelques miettes … Il est d’ailleurs dans son rôle de président, rendant hommage à l’un de ses prédécesseurs.

  2. Il ne ment pas. Il lit un discours, ou au moins le prononce-t-il, avec talent et conviction, comme Jean-Pierre Marielle sur scène, le comique ou le dramatique en plus. Le métier de président est de porter des hiatus et celui-ci les porte très bien, sans fléchir ni sourciller, sûr de lui, une tête au dessus de la mêlée.

  3. emotionsdefemme – Narbonne - France – J'ai eu un parcours professionnel atypique. Architecte urbaniste, restauratrice puis cadre commerciale, j'ai été frappée par une maladie neurologique fin 2013 qui m'empèche de dormir. J'ai profité de ces nuits blanches pour recommencer à dessiner et à écrire des poèmes qui traduisent mes « Emotions de femme. »
    emotionsdefemme dit :

    Oui son discours était bien léché, propre avec ces accents de sincérité un peu décalés aussi à mon goût. Sans doute parce que nous devinons, au delà de ces beaux discours, un homme qui est convaincu de sa supériorité, hautain parfois, face à la populace. Si Chirac aimait les gens, ce n’est pas le cas de notre président actuel, quand il est capable de dire à un chômeur de traverser la rue pour trouver un emploi. Mais Oui, il nous faut quelqu’un pour diriger le pays, il a été élu, et si je n’aime pas l’homme, je respecte la fonction.

  4. Le hiatus commence dans les ors, les lustres, les voitures avec chauffeurs et tout ce qui donne le melon à ces gens qui devraient être les serviteurs du peuple et se comportent comme des maîtres …
    Alors non, je n’arrive pas à croire à la « gentillesse » des politiques. Ni même à leur sincérité.
    Tout cela n’est que théâtre savamment mis en scène.
    •.¸¸.•`•.¸¸☆

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