
blondinet à la mèche rebelle
Écoutant cet homme qui fait fi de tout, qui se glorifie de ne respecter rien, qui lance à tout va des paroles insensées, des paroles que ses actes et ses mots même démentent ; cet homme puissant qui chaque jour agit comme le loup de la fable, confond la force et le droit, la guerre et les jeux vidéos, ses intérêts particuliers ou familiaux et ceux des habitants de la planète ; cet homme qui incarne si vilainement et sans la moindre gêne la parole prêtée à Louis XV, et que lui aurait soufflé La Pompadour : « Après moi le déluge ! » ; je pense à cette tentation, qu’ont toujours les civilisations raffinées et élégantes, d’introduire et même de susciter du bruit et de la grossièreté, de la bêtise et de la méchanceté, de la laideur, en leur sein, histoire de créer une distanciation, un décalage, un sursaut certainement salutaire qui évite de sombrer dans une routine autosatisfaite et sans souffle et permet au contraire de donner un nouvel élan, de refonder la légitimité du raffinement et de l’élégance, un instant oubliés.
Ce moment Punk, Carnaval, Fou du roi, Sade ou Hara-Kiri, ce moment où l’on célèbre le Grotesque, est essentiel à la régénération (et donc la pérennité) des bonnes manières, du sérieux et de la gentillesse. Sans lui, tout verserait bientôt dans le conventionnel et le maniérisme, une sorte de politiquement correct sans âme et sans avenir.
Mais le Grotesque, avec son masque grimaçant n’est placé, ne peut être placé sur le trône que jour de Carnaval, pour permettre à tous de rire, de respirer et de repartir du bon pied. Il n’a de sens et de vertu que comme une brève adolescence, un instant de kitch et de mauvais goût permettant de refonder les valeurs essentielles.
Or voilà que le roi de Carnaval garde sa couronne sur la tête, que le père Ubu demeure sur son trône, vociférant comme Charlie Chaplin dans Le dictateur, et comme lui jouant avec la planète.
Il est légitime d’être étonné par ce déferlement de vulgarité, de contentement de soi, de mépris ; légitime d’être un moment abasourdi et sidéré. Mais un jour la raison reviendra, Carnaval sera déchu ; et il faut préparer, dans la dignité, ce jour où les mots reprendront poids, où les engagements engageront, où faire revenir à l’âge de pierre sera considéré comme scandaleux, où il ne suffira plus de dire : « Je le veux et je suis le plus fort » pour être légitime.
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Le costume est puissant; l’homme est faible.
Une belle et souriante journée à toi, Aldor.