
Il y a plein de choses qui rendent la vie plaisante, changeante, inattendue et joyeuse, et dont je parlerai peut-être un jour si ce n’est déjà fait : l’ombre des feuilles sur le sol, la gaieté des vêtements colorés, les bretelles de soutien-gorge qui parfois se cachent et parfois se font voir, les lunettes de soleil, le tressaillement touchant des mollets quand le pied touche terre, les conversations qui nous parviennent quand on passe devant un banc ou une terrasse de café et qui, toujours, parlent d’amour ; les chevelures de toutes les couleurs, les vieilles dames élégantes et jolies, les vieux beaux un peu trop apprêtés ; les talons parfois gigantesques, les jupes parfois si courtes, les chapeaux (Merci Claude !), les cils et les sourcils, les omoplates, les tatouages ; la fraîcheur de l’eau, la douceur des jardins, les rires, les chansons, le plaisir de marcher, de se mêler à ses semblables, si proches et si différents.
Il y a aussi, dans cette longue liste (une liste peut-être même sans fin car l’épreuve de chaque plaisir permet d’en faire surgir d’autres, de les goûter, qu’on ne soupçonnait pas auparavant, et qui se révèlent dans l’action) ; il y aussi, dans cette longue liste, le plaisir de la découverte, de la découverte du monde qui change, qui change autour de nous.
Avez-vous remarqué, ainsi, à quel point se sont récemment multipliées, dans une ville comme Paris, les boutiques de manucure et autres ongleries ? Il y en a partout, maintenant, à tous les coins de rue. En quelques mois, peut-être quelques années, elles ont pris la place des magasins de vapotage, qui s’étaient eux-mêmes substitués aux boutiques Internet vendant des téléphones portables. Et non seulement elles se sont multipliées, mais elles travaillent ! A toute heure du jour, on y voit des hommes et des femmes, des hommes et des femmes qu’on voit, depuis la rue, à travers la vitrine, confier leurs mains à des jeunes filles qui les bichonnent.
J’aime ce théâtre de rue, ces mains qui, délaissant de longues minutes leur téléphone, s’abandonnent à d’autres mains, attentives, qui les soignent, se donnant en spectacle, le temps d’un soin, comme se donnent en spectacle aussi, d’une manière un peu semblable, et sans doute est-ce le jeu, les clients des barbiers sur leur siège de cuir, les clientes des salons de coiffure, et toutes celles et ceux qui, derrière de grandes baies vitrées, transpirent et halètent sur leur machine de sport, leur vélo, leur rameur ou leur tapis de course, la peau luisante de sueur.
Dans notre monde où tant de choses passent par les écrans, tant de messages par les images et tant de soi par l’image de soi, j’aime bien ces moments et ces endroits où, pour forger de soi une image plus attirante encore, instagramatique à souhait, on s’abandonne aux mains des autres sous le regard public, dans un jeu étonnant de vérité et de mensonge, à la façon des comédiennes recevant leurs admirateurs dans leur loge, et des rois accueillant leurs courtisans pour la toilette du matin.
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Ton billet se savoure comme un bonbon à la menthe. J’ai adoré ton inventaire de choses plaisantes. Que c’est beau la vie… Merci Aldor
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Et j’oubliais…Ton titre à la façon de Mallarmé…
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