De l’esprit à la lettre : les rites

Written by Aldor

J’étais l’autre jour à la messe de minuit. Je me suis, à cette occasion, rendu compte une nouvelle fois de la gêne que suscitaient en moi tous ces rites, rituels, cérémonials, qui scandent la messe : moments où l’on se met debout, où l’on s’assoit, on l’on baisse les yeux, où l’on prie,  où l’on relève la tête, tous ces rythmes qui paraissent s’imposer à nous de l’extérieur.

Ce ne sont pas les règles en soi qui me gênent : il est souvent utile de se fixer à soi-même des règles, de se donner une discipline et de se faire un peu violence, parfois, pour la suivre. Il est souvent par ailleurs très utile de définir des règles collectives dont on exige de chacun qu’il les suive : lois ou code de la route. Rien de cela ne me gêne.

Ce qui me met profondément mal à l’aise dans les rites établis par les cultes et les religions, c’est le fait qu’ils tendent à transformer en obligation sociale et collective ce qui n’a de sens et de valeur qu’intérieur et individuel. A quel moment faut-il renter en soi-même et à quel moment prier ? Quand faut-il ouvrir les yeux et quand faut-il s’ouvrir aux autres ? C’est évidemment de son propre tréfonds que cela doit venir. C’est seulement de son propre tréfonds que cela peut venir, pour être vrai et sincère, comme disait l’aimée à un autre propos. Et voici que cette émanation intérieure, elle nous est imposée de l’extérieur, qu’elle nous est commandée. Et voici que ce qui devrait s’élever de nous-même, que ce qui devrait être geste intérieur, devient rite collectif, action sociale, obéissance, imitation. On ne s’écoute plus ; on imite les autres. Et tout en est vicié.

Écrivant cela, et allant un peu au-delà de ce que je pensais pendant l’enregistrement, je me rends compte que vient peut-être un moment où l’on est devenu si libre, si détaché, si profondément stable, qu’on ne se soucie plus de cela. Je veux dire : vient peut-être un moment où l’on est tellement réconcilié avec soi-même que le regard des autres ne nous pèse plus du tout et qu’on se fiche du fait que ce qu’on ressent au fond de soi soit également imposé par les autres. C’est librement qu’on suit la règle, aussi paradoxal que cela puisse paraître.

Peut-être.

Je crois profondément en ce « peut-être ». Je veux y croire, du moins. Mais pour le moment, les rites et cérémonials m’apparaissent seulement comme une ruse du Grand inquisiteur.

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