« Je te l’avais bien dit ! »

Written by Aldor

 

« Je te l’avais bien dit ».

Je ne sais pas pourquoi cette expression m’est venue à l’esprit, cette nuit, et m’a finalement tenu éveillé. Est-ce pour l’avoir entendue, un de ces derniers jours, dans la bouche de notre voisin porquerollais, un grand-père un peu bougon s’adressant à son jeune petit fils ? Est-ce pour l’avoir lue, comme dite par Rogojine, un des personnages de l’Idiot que je lis actuellement, et qui est plein de cette sorte de fatalisme qui lui fait dire à tout moment au Prince Muychkine que les choses sont écrites et qu’il fallait bien s’y attendre ? Ou peut-être est-ce simplement que la rentrée approche et qu’avec elle, le temps vient parfois des désillusions et de la fin des rêves.

J’ai toujours détesté cette expression. Je crois que personne ne s’est jamais adressé à moi ainsi et je crois (j’espère) ne l’avoir non plus jamais employée. Elle est tellement désespérante. Pour ceux à qui elle est adressée mais aussi – je m’en rends compte maintenant – pour ceux qui l’emploient et qui marquent ainsi à quel point ils ont tout perdu de leurs espérances et de leurs ambitions, de leur optimisme et de leur foi : rien de neuf sous le soleil, tout sera toujours pareil, dans le gris et l’ombre des grands murs.

L’une des difficultés de l’éducation est d’apprendre simultanément qu’il existe des règles qui doivent être respectées ; et que cependant, on peut travailler au dépassement de ces règles, et ne pas se laisser enfermer par elles. Il y a, comme je le dessinais hier sur une lettre pour Katia, un horizon mais un horizon qui recule au fur et à mesure qu’on avance sur la rotondité du monde. Un horizon qui marque à chaque instant la limite mais une limite indéfiniment dépassable. Quelque chose qui est, simultanément, dépassable et indépassable, à respecter et à franchir.

 

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