Les habits du dimanche

Written by Aldor

Il y avait l’autre jour, à la cantine du bureau, où je déjeunais, assise non loin de moi, une femme toute pouponnée : son visage était poudré, ses yeux et sa bouche maquillés avec soin, ses cheveux arrangés en chignon, et était vêtue d’un tailleur rose encadrant un chemisier blanc.

Il n’y avait rien de provoquant, rien de scandaleux dans cet habillement et cet apprêt qui n’étaient visiblement pas destinés à séduire et à mettre en valeur la personne mais plutôt à exprimer une sorte de politesse et d’effacement entièrement tourné vers l’accueil.

Tandis que je commente ce texte, par écrit, après avoir enregistré mon propos, je me souviens que le mot qui me vint à l’esprit, tandis que je la regardais, était celui de geisha. Avec son visage poudré, son regard un peu triste et son manque total de naturel, elle aurait pu être une geisha, une de ces créatures vouées à tenir compagnie et dont la mise est codifiée dans ses moindres détails.

J’aime ces élégances dont l’objet n’est pas de séduire mais d’accueillir. C’est la même que celle dont fait preuve le grand-père des enfants qui, les jours de fête, revêt costume et cravate non pas du tout pour attirer sur lui l’attention mais en signe de bienveillance et de bon accueil. C’est l’élégance des habits du dimanche qu’on porte non pas pour exprimer sa fierté et son orgueil mais son bonheur d’être là, son souhait de rendre la vie plus agréable aux autres, une sorte d’action de de grâce rendue au monde et à ses semblables.

L’élégance vestimentaire est comme le sourire. Comme lui, elle peut être séductrice et tournée vers le culte du soi ; elle peut également être humble et tout entière destinée aux autres.

Entre l’une de ces formes d’élégance et l’autre, un je-ne-sais-quoi, un presque rien, ou plutôt, comme dans toutes les choses essentielles, un monde entier mais impalpable et ineffable : l’intention.

PS : comme Malyloup a la gentillesse de ne pas le relever, j’utilise « pouponner » en lieu et place de « pomponner ». Y a-t-il un psychanalyste parmi les lecteurs ?

Comments: 34

  1. L’élégance qui, comme le sourire, accueille. Fine analyse, à laquelle j’ajouterais la dimension de courtoisie faite à l’autre. Ce qui vaut aussi à mon avis pour le sourire ^^ Merci pour ce rayon de soleil matinal 🙂

    • Et je réalise que tu évoquais cette « politesse », au temps pour moi 🙂

      • Aldor says:

        Merci à toi aussi, Esther. « Courtoisie », c’était le mot exact que je n’avais pas trouvé.

        • Comme le « fausseté » que tu avais trouvé l’autre jour pour remplacer le mot « mensonge » qui était inexact pour formuler ma pensée. Joies du ping-pong verbal ! 🙂

  2. Et voilà, encore une incursion dans la vérité des nuances. Quelle finesse Aldor! Et que j’aime t’entendre et te lire, j’ai l’impression que tu me rends plus… attentive.
    J’aime aussi faire attention à ma tenue pour cette courtoisie que tu évoques vis à vis de mes élèves. Qu’ils sentent l’importance que je leur accorde. Mais je me méfie du maquillage un peu forcé qui parfois, être un masque.

    • Aldor says:

      Ah ! Clémentine, toi aussi tu me souffles un mot oublié : attention ! Comment a-t-il pu sortir de mon esprit ? Car c’est ça aussi : l’attention aux autres. La courtoisie et l’attention aux autres. Et c’est certainement très important vis-à-vis des élèves, comme tu le dis.

      • Mais l’attention, c’est ce qui te définit, Aldor. Tu es l’attention même, aux choses qui t’entourent, aux gens! Tu t’es donc oublié toi-même 😉

        • Aldor says:

          Oh non ! Clémentine, Oh que non ! Si j’en parle si souvent et si elle me fascine, c’est qu’elle me manque terriblement, comme pourrait te dire Katia. J’y travaille, cherche à y remédier, progresse mais ce n’est pas fini…

          • Mas comment peut-on dire et voir tout ce que tu vois et dis, dans une grande attention, et capacité de discernement?

          • Aldor says:

            Je ne dis pas, Clémentine, que j’en manque totalement. Mais j’en connais qui bien mieux que moi, voient les choses…

  3. Peau d’âne, robe couleur du temps, l’important, le portant. La grâce de la personne qui la revêt.

    • Aldor says:

      Ah ! Marronbleu, La grâce est comme l’intention. Elle change tout.

  4. Nuance subtile et que je perçois. Mais je ne concorde pas sur le jugement. Quel mal à vouloir séduire ? Je ne vois pas de plus bel accueil, pour reprendre ton mot, de plus bel oubli de soi en l’autre que l’acte sexuel s’il est désiré. La séduction charme comme un plumage ou un ramage, elle est une invitation au plaisir et à la joie. Je préfère la célébrer ! Certains en font un culte de soi, dommage – mais c’est soi qu’on cherche alors à séduire à travers l’autre.

    • Aldor says:

      « Séduire » est un verbe ambigu. Il désigne à la fois l’action et son résultat. Sur le résultat, Joséphine, je suis entièrement d’accord avec toi : faire l’amour n’a rien de condamnable, au contraire. C’est sur l’action que peut-être nous divergeons. Je vois dans la séduction comme action consciente une sorte de fausseté, de minauderie qui s’apparente au mensonge.

      Par exemple : la fougue de ton commentaire et de tout ce qu’on perçoit de toi séduit. Mais elle n’est pas séductice. C’est parce qu’elle n’est pas séductrice qu’elle est entière, qu’elle séduit…

      Malraux disait quelque chose comme ça, dans l’Espoir : être aimé sans séduire est un des beaux destins de l’homme.

  5. A l’heure où beaucoup font fi des conventions, il est bon de nous rappeler l’importance de la courtoisie, et le fait qu’elle passe par la tenue vestimentaire. Je n’oublie pas non plus que les codes changent selon les cultures; à nous d’y être également attentifs lorsque nous voyageons.
    Merci pour ce billet, Aldor.

  6. en parlant de ‘mots’, j’emploie, pour ma part, le mot ‘pomponner’ pour décrire les habits du dimanche (et se mettre sur son 31) afin de rendre hommage à celles et ceux que l’on va côtoyer à un moment précis……merci pour cette réflexion partagée et aux échanges suscités car elle me ramène à des discussions familiales autour du choix de ses atours 🙂

    • Aldor says:

      😂

      Ah ! Maly ! Quelle gentillesse de ne pas relever plus que ça mon erreur ! Pouponner ! Ah ! J’étais tellement sûr de moi. Que le chemin est encore long…

      Oui, je crois que c’est une discussion qu’on a, toutes et tous, souvent, car nous sommes divisés et hésitants, ou que nous avons une façon de dire et une façon d’être différente…

      • à l’inverse de toi, bernard, je ne suis jamais sûre de moi et je me méfie des mots qui me viennent ‘spontanément’ car ici, dans ma campagne champenoise, on emploie parfois des mots à contre-sens donc je cherche et vérifie sans pour autant être absolument sûre de ce que je trouve 😉

        • Aldor says:

          Quelle pique leçonneuse
          tu me lances ainsi, Maly ! Mais tu as raison. Merci.

          • heu voilà des mots qui me chamboulent quelque peu….que veux-tu dire par ‘pique leçonneuse’, quel est ton ressenti, ton état d’esprit quand tu écris cela?

          • Aldor says:

            Bonjour, Maly,

            Aurais-je mal compris ton : « A l’inverse de toi, Bernard, je ne suis jamais sûre de moi » ?

            J’ai pris cela comme une pique. Mais comme elle n’est pas totalement infondée, je la recevais avec plaisir.

          • heu j’avoue que je ne sais plus quoi écrire……si, en disant que je n’ai pas confiance en moi (je ne suis jamais sûre de moi), ça génère ‘une pique’ en toi, alors je vais être encore moins sûre des mots que j’emploie car mon intention n’était pas de te ‘blesser’ mais ‘juste’ de mettre en parallèle l’excès de confiance dont tu parlais face à mon manque de confiance…..
            en fait ce que nos échanges me montrent c’est que chacun de nous deux, en exprimant quelque chose de soi qui n’est pas très valorisant, décuple ce qu’on ‘croit’ être dévalorisant dans les propos de l’autre…..en étant négatif envers soi-même, tout ce qu’on reçoit de l’autre semble négatif…..et là, bien sûr, je parle de mon ressenti et du tien 🙂
            alors je vais travailler à avoir un peu plus confiance en moi, ça m’évitera de faire des commentaires inutiles (mon second commentaire étant le com’ de trop…..et j’espère que je ne suis pas en train de m’embourber davantage….. 🙁 )
            en tout cas je suis à la fois désolée et reconnaissante pour les mots échangés car je vois mieux dans quelle direction aller….merci à toi itou 🙂

          • Aldor says:

            Quel délicieux dialogue, Maly ! Ah ! Nous ne sommes pas au bout du chemin… Mais nos dialogues et nos blogs servent à cela : voir ou nous en sommes… Passe une bonne journée sous le soleil normand, Maly.

          • oh oui délicieux tous ces mots échangés avec tout le monde car oui, ils nous apprennent tant! 🙂
            encore une question: pourquoi me dis-tu « sous le soleil normand »? ….cette question car je vis au sud de la champagne et sinon je visite souvent les alpes de haute-provence où vivent mes petits-fils donc ça m’intrigue….

          • Aldor says:

            La Champagne ? Je te croyais normande…
            🍸

          • peut-être est-ce dû à l’un de mes billets tirés de vacances normandes……Normandie où je ne mis qu’une seule fois les pieds mais où je fus si séduite que j’en ai plein de photos et de souvenirs! 😉

          • Aldor says:

            Peut-être, Maly. Mais mon esprit embrouillé suffit probablement comme explication…

  7. Un poupon, c’est comme une poupée, non ? Pouponner quelqu’un, c’est lui donner une attention particulière, Pomponner fait penser au pompon, c’est le pompon ! clamer impérativement, c’était peut-être le pompon pour vous de voir une telle copie de poupée.
    Bonne journée.

  8. J’allais voir quand j’avais quinze ans une vieille dame de 80 ans, toujours bien habillée, parfumée et poudrée, et qui me disait que pour elle c’était une forme de respect indispensable: respect pour les autres, en leur offrant l’image de quelqu’un d’agréable à regarder, et respect de soi-même, en prenant soin de soi.
    Depuis, j’ai toujours fait attention à ma tenue, aux détails, à l’assortiment des couleurs entre elles, aux parfums et à toutes ces choses qui font que j’ai envie de me sourire et d’offrir ce sourire aux autres.
    Et à l’école, les élèves sont particulièrement sensible à ce don de soi.

    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Aldor says:

      Tu as bien raison, Célestine, d’agir ainsi.

      Je crois néanmoins que, pour ce qui me concerne, quand j’étais élève, l’élégance m’intimidait plus qu’elle ne me plaisait. Je crois que je préférais les professeurs vêtus avec coolitude à ceux qui, bien habillés, me paraissaient guindés.

      Il y a beaucoup de choses que j’ai découvertes et que j’apprécie sur le tard…

  9. Peut être que tu y as vu plus l’envie de pouponner l’enfant à l’intérieur de soi que de pomponner la femme désirant séduire 🙂 Pour moi, l’élégance est innée. J’admire le naturel élégant, la grâce chez les jeunes femmes comme les femmes plus matures, de cette élégance insoupçonnée. J’aime ce qui transpire « la propreté » et ce ne sont pas celles les plus apprêtées qui en dégagent 🙂

  10. Aldor says:

    Il y a une élégance innée qui est comme une grâce. Elle est miraculeuse. Mais à ceux qui ne l’ont pas reçue en héritage, l’apprentissage est possible. J’espère.

  11. bonjour, j’ai particulièrement aimé cet article rédigé avec justesse et élégance comme à votre habitude. Bonne journée. Amicalement

  12. gaïa says:

    C’est si justement et joliment dit ! Je partage cet avis, « L’élégance vestimentaire est comme le sourire. Comme lui, elle peut être séductrice et tournée vers le culte du soi ; elle peut également être humble et tout entière destinée aux autres ». L’élégance comme don de soi, de sacraliser une journée. Bon week-end ! 🙂

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