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Augustin, Thérèse et le manichéisme : l’exosquelette des règles qu’on se donne


Songeant à Thérèse, à son extase et à ce qu’en écrit Pascal Ory ; repensant également à Augustin et à ce qu’en dit le même Pascal Ory, je me disais que je partageais le point de vue de mon ancien professeur sur la pensée de l’évêque d’Hippone. J’ai du mal, moi aussi, à adhérer à cette vision si négative où l’amour du monde et de ses créatures éloignerait forcément d’un amour plus vaste, cette vision au gré de laquelle le vase qu’est notre coeur devrait nécessairement se vider de tout attachement particulier pour pouvoir englober le tout. Augustin dessine un mur là ou je vois une porte ; il denonce une frontière là où je décèle un passage.

Il me semble que cette conception dualiste du monde témoigne en fait de l’attachement d’Augustin à cette pensée manichéenne qu’il combat de toute son éloquence mais qui n’en a pas moins été la sienne pendant de longues années. Sans doute ne dit-il pas, comme Mani, que le bien et le mal se partagent le monde ; la création, pour Augustin, est toute divine. Mais il y a malgré tout pour lui un monde d’en haut, proche du divin, et un monde d’en bas, celui qu’il appelle “le monde”, qui est comme forcément loin de Dieu. Et qui s’attache à ce second monde se détache forcément, selon lui, du premier. C’est soit l’un, soit l’autre car il n’y a pas pour lui de “et” qui soit concevable.

Cette conception rigide du monde, qu’Augustin partage avec les Manichéens, avec toutes celles et tous ceux qui s’entourent d’une multitude de règles, de disciplines et d’interdits, me semble jouer le rôle d’un exosquelette : c’est parce qu’on craint que notre propre colonne vertébrale ne soit pas assez solide, parce qu’on se défie de nous-mêmes, qu’on se croit faibles et prompts à chuter, qu’on ressent le besoin de construire, autour de nous, des barrières et des grilles sur lesquelles nous nous arc-bouterons pour lutter contre nous-mêmes. Ainsi Tartuffe, incapable de maîtriser lui-même ses désirs, demande-t-il aux femmes de couvrir leurs seins ; ainsi les dévots réclament-ils des règles d’autant plus strictes qu’ils se savent faibles devant la tentation.

C’est un éternel combat, qui ne se joue pas seulement entre les bigots et les libéraux, entre ceux qui s’ouvrent et ceux qui se referment, mais prend place en chacun d’entre nous, à chaque instant, dans la quotidienneté de la vie : saurons-nous nous faire confiance pour choisir la bonne voie ou faut-il, par avance, définir un chemin et des limites qu’il suffira ensuite de suivre, sans plus avoir besoin de nous interroger ?

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