Dans l’eau

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Ce n’est pas la jolie chanson de Keren Ann (encore que la musique puisse inspirer le même sentiment) mais la sensation que j’éprouvais hier tandis que, dans l’eau, je faisais la planche, bercé par les vagues.

Quand on est ainsi plongé dans l’eau, et que le corps suit le mouvement de la houle, s’élève et s’abaisse au gré du sac et du ressac, on se sent, plus que dans l’air, partie d’un grand tout : la mer qui autour de nous remue remue les diverses parties de notre corps qui bougent, comme désarticulées et pourtant liées les unes aux autres. Les sons de l’eau parviennent forts à nos  oreilles, comme si le lointain était proche et que tout, à nous, était relié. Sentiment océanique, disait Romain Rolland à Freud ; Dieu, c’est-à-dire la nature, aurait dit Baruch Spinoza.

Même sentiment, un peu plus tard, tandis que je marchais sur la plage et que mes pieds marquaient leur forme sur le sable blanc : cet enfoncement de ma plante dans la surface du sol, cette empreinte était une étreinte, un embrassement avec une autre partie de moi-même.
Nous aimons ces moments là. Ces moments où, dépassant notre individualité, nous avons l’impression, l’agréable vertige de nous fondre dans plus grand que nous. Et sans doute est-ce cela aussi qui joue dans l’amour que nous avons, par moments (pas toujours !), pour le collectif et le partage : comme un besoin de nous relier au reste.

Peut-être est-ce cela – sans doute est-ce cela – cette pulsion qui est une manifestation de l’amour, qui nous entraîne vers les autres, plus encore que l’envie de nous fuir ou le besoin de quitter notre ennui.

Et tandis que j’enregistre, je vois les vagues dont le long mouvement berce mes pensées…

… et revenu plus tard, tandis que j’écris ces mots sur mon portable, avec masque et tuba, j’ai plongé dans ce bleu et ce vert et me suis retrouvé au milieu des poissons, nageant parmi eux et comme eux bercé d’avant en arrière et d’arrière en avant par la lente ondulation partagée de la mer, lente ondulation dont ma respiration était comme un écho.

Et j’étais là chez moi. Et ce chez moi était autre moi-même.

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