Névrose dans la civilisation

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La division du travail, la spécialisation croissante des sciences, des techniques, des disciplines, font que nul ne peut plus maîtriser à lui seul le champ complet de la connaissance. Chacun d’entre nous, dès lors, doit, pour utiliser les objets et les outils dont il dispose – pour vivre, tout simplement, dans nos sociétés modernes ; chacun d’entre nous doit faire confiance aux sciences et aux technologies sans vraiment les comprendre. Et cette nécessité de faire confiance à la science recèle une telle contradiction interne qu’elle nous rend malheureux et engendre chez nous une névrose.

Au fondement de la démarche scientifique – mais plus généralement au fondement de la raison et de la rationalité par quoi nous nous distinguons du reste de la création – il y a le principe de l’examen méthodique des choses au crible de l’analyse, de l’expérience, de la raison. Nous ne devons accepter une chose qu’après en avoir rationnellement et nous-même établi la vérité : libre à nous, par ailleurs, d’avoir la foi en matière religieuse, de croire en l’intuition en matière de relations humaines, de se laisser entraîner par ses passions en matière amoureuse ; mais pour ce qui est de la science, seul l’examen critique réalisé par soi, l’interrogation socratique, la démonstration, le raisonnement, valent.

C’est ce que nous apprend, à très juste titre, l’enseignement des sciences : on ne nous apprend pas à croire en l’arithmétique, en la gravitation universelle ou en les règles de la génétique ; on nous apprend à expérimenter, à tester, à raisonner de façon à bâtir nous-même notre propre conviction : je ne crois pas que 1+1 font 2. Je sais que 1+1 font 2 pour me l’être démontré.


Mais voilà que les technologies sont devenues tellement compliquées,  les sciences tellement spécialisées et abstraites que nous ne les maîtrisons plus et n’arrivons même plus à en comprendre vraiment les éléments de base. Nous nageons et sommes réduits à faire confiance, ce qui est la pire chose qu’on puisse demander à qui s’honore d’agir en raison : nous voulions être Pic de la Mirandole ; nous nous retrouvons Bernadette Soubirous ! (Et encore celle-ci pense-t-elle vraiment avoir vu,  ce qui n’est certes pas notre cas s’agissant de certaines technologies !).

Je crois que la conscience de ce hiatus nous mine. Nous nous en voulons profondément de n’être pas à la hauteur de cette raison dont nous sommes si fiers et en voulons à la science qui non seulement, par paresse, ne se met pas à notre portée, mais commet le pire crime qu’elle puisse commettre : nous demander de croire en elle ou d’accepter des arguments d’autorité du genre : “C’est vrai puisque 95% des scientifiques le disent.”.

Il faut sortir de cette contradiction qui mine la science et nous détruit. Et refuser absolument tout ce qui, de près ou de loin, prétend défendre la science en invoquant des arguments d’autorité ou de nature mystique.

Et si, d’aventure,  des méchants en profitent comme des méchants profitent des faiblesses de la démocratie, faisons avec et ne cédons pas. On ne peut, au nom de la raison, nous demander de l’abdiquer.


Je dois la première idée de cette improvisation à la lecture de la Vertu d’égoïsme d’Ayn Rand (Merci Juliette !), qui défend avec force l’idée que “Le vice fondamental de l’homme, la source de tous ses maux, est l’acte de ne pas concentrer son esprit, de “suspendre” sa conscience, c’est-à-dire non d’être aveugle mais de refuser de voir ; non d’être ignorant mais de refuser de savoir.

La photo représente un robinet (un très beau robinet !), photographié sur un bateau qui, il y a plus de dix ans, nous menait en Grande-Bretagne à la Toussaint. Un robinet : voici un appareil dont je pense maîtriser le principe, ce qui me rassure.

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