L’impureté de l’intention

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Peut-être me trompè-je mais j’ai le sentiment que nos intentions ne sont jamais pures, pures au sens chimique du terme. Elles sont toujours mêlées, floues, troubles en ceci que plusieurs fins, plusieurs objectifs sont simultanément poursuivis. C’est probablement notre cerveau qui veut ça, nos réseaux neuronaux : il y a de l’analogie, du polyvalent, de l’épaisseur dans nos choix, nos comportements, nos propos, nos idées, nos intentions ; plusieurs lapins qui gambadent et qu’on essaye d’attraper d’un seul coup de filet.

Rien de gênant à cela, sauf quand un des objectifs, le principal parfois, comporte une part d’altruisme, et qu’un autre, aussi petit soit-il, est plutôt égoïste ou intéressé. Car de même que la mauvaise monnaie chasse la bonne, il suffit d’une once d’intéressement pour irrémédiablement gâcher les intentions par ailleurs les plus altruistes. C’est pour cela aussi que les ordres mendiants sont nés : pour éviter à leurs membres d’avoir à subir le reproche de gagner grassement leur vie sur la misère du monde.

Il est bien possible, d’un autre côté qu’en l’absence totale de motivation personnelle, en cas de désintéressement absolu, rien d’altruiste ne se fasse. Je n’en suis pas sûr mais l’hypothèse me paraît concevable. Dans ce cas, comment éviter de ruiner tout ?

L’humour et l’understatement, ces deux beaux enfants de la pudeur, pourraient probablement nous guider : ne jamais se prévaloir du volet altruiste et bon de ce qu’on fait, mais seulement de sa dimension égoïste et intéressée.; ne jamais mettre en avant le bien qu’on peut faire mais seulement le profit, l’intérêt ou le plaisir qu’on en retire soi-même. Se comporter avec la légèreté et l’élégance des personnages de Romain Gary qui ne prétendent certes pas sauver le monde même quand ils le font plutôt que comme tous ceux qui nous jettent aujourd’hui leur bienveillance, leur sensibilité, leur préoccupation écologique à la figure mais gagnent leur vie ou font des affaires avec.

Understatement et pudeur. Et encore une fois, on arrive à ce bout, à cette pointe extrême des idées où tout vibre et se retourne, ce qui est signe de vérité : Car au-delà même de la simple apparence, il y a, dans le discours cyniquement égoïste des héros d’Ayn Rand une élégance et un souci de l’Autre sans commune mesure avec celle des altruistes de profession. Et dans leur façon simple de ne pas raser les murs et parfois de se mettre en avant plus d’humilité que dans l’orgueil de ceux qui prétendent ne jamais penser à eux.

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