La vibration du temps

Des horloges

Il y a quelque chose qui vibre au sein du temps, qui est terré au sein du temps, qui vibre dans l’expérience humaine du temps.

On vit dans le présent et seulement dans le présent : le passé n’existe plus ; le futur n’existe pas encore ; seul le présent, seul le moment présent existe. Et pourtant, nous vivons dans une vibration, une hésitation temporelle constante : notre présent tire une grande partie de son sens et de sa saveur du passé que nous avons connu et du futur dans lequel nous nous projetons. Nous nous souvenons, nous anticipons ; nous tirons des leçons d’hier et planifions demain ; nous sommes là, et pourtant constamment ailleurs, enserrés dans le double carcan de la mémoire et de l’espoir, jamais totalement présents au présent, au vrai présent, jamais totalement capables de le vivre, de le vivre et d’en jouir.

Il y a là quelque chose de profondément insensé parce que, dans la réalité, seul le présent existe ; mais c’est dans la prise en compte d’un espace temporel plus vaste, dans notre extension à un continuum temporel réunissant passé, présent et futur, choses qui existent et choses qui n’existent plus ou pas encore, morceaux d’existence et morceaux d’inexistence ; c’est dans notre acceptation de cette vibration du temps, ou plutôt de notre propre vibration, à la façon du chat de Schrödinger, entre passé, présent et futur ; c’est dans ce flottement continu que notre conscience, et peut-être notre humanité, prennent racine.

C’est parce qu’on n’est jamais totalement inséré dans le seul présent, parce que nous sommes des créatures vibrantes et toujours à cheval entre des temporalités diverses ; c’est parce que nous sommes intrinsèquement des voyageurs du temps, des Docteurs Who au petit pied ; c’est parce que nous sommes incapables de jouir complètement de l’instant présent, que nous avons une conscience. C’est parce que nous nous souvenons et que nous nous projetons qu’une personnalité résiste à l’écoulement, à l’écroulement des choses. Nous sommes cette conscience qui fait le lien entre passé, présent et futur, qui n’est pas entièrement ballottée par les vaguelettes du temps mais s’ancre quelque part et peut, au nom du passé ou du futur, accepter de sacrifier une part du présent, travailler, étudier, planifier, construire, mais aussi redouter et fuir, car, comme ses compères, chat de Schrödinger échaudé craint l’eau froide.

Les chats aussi, justement, se souviennent du passé et ont conscience du futur. Et avec eux tous les animaux, peut-être même les plantes. Tous les êtres vivants ont cette conscience pérenne et probablement aussi conscience de cette conscience, de cette vibration. Notre singularité est de savoir la mettre en mots, comme nous savons mettre le temps en rouages.

A moins que cette mise en mots ne soit qu’une illusion, un effet de structure qui, comme celui des grands modèles de langage, donne apparence de sens et de raison à ce qui n’est qu’une suite désordonnée de mots et d’instants.


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