Immigration-intégration : de Dheepan au rapport de Louise Casey

Written by Aldor

En 2015, le cinéaste Jacques Audiard avait réalisé le film Dheepan, palme d’or à Cannes, qui dénonçait l’extraordinaire violence qui pouvait exister dans certaines banlieues dites sensibles : trafics de drogue, d’armes, de personnes, racket, intimidations : des violences quotidiennes justifiant l’appellation de zones de non-droit parfois donnée à ces quartiers.

D’une certaine façon, ce qui était dénoncé dans ce film que je n’avais pas aimé et qu’on avait dit être extrêmement caricatural, c’était l’échec total du modèle d’intégration français, fondé sur l’assimilation. On n’arrivait pas, de fait, à assimiler ces populations et on en venait donc, tout en niant leur identité, à les éloigner dans des zones spécifiques, étrangères au reste du pays, où se déployait une immense violence qu’on ne voulait pas voir dès lors qu’elle restait parquée dans ces zones périphériques.

Par contrepoint, la fin du film mettait en scène le Royaume-Uni au sein duquel l’acceptation d’origine des différences semblait permettre, à terme, une meilleure intégration : les Britanniques laissaient leurs immigrés vivre ensemble et s’organiser ensemble dans un communautarisme assumé. Mais au bout du compte, par le biais de l’école et de l’éducation des enfants, par le biais aussi du travail et de l’emploi, l’intégration se faisait, petit à petit, mais de façon finalement efficace.

D’un côté, donc, il y avait le modèle assimilationniste français qui n’arrivait plus à intégrer ; de l’autre, le modèle communautariste britannique ou anglo-saxon, qui y arrivait.

Et voici que Dame Louise Casey, haute fonctionnaire britannique publie, au début de ce mois, un rapport qui vient contredire cette vision un peu idyllique des choses. A l’issue d’une enquête d’un an, elle indique que, dans un nombre important de cas, le développement en communautés séparées a conduit au maintien ou au développement de pratiques et de conduites contraires au droit britannique et en elles-mêmes intolérables : existence de pseudo-tribunaux rendant une justice parallèle, violence à l’égard des personnes enfreignant les règles de la communauté et puis, de façon extrêmement générale, ségrégation, mise à l’écart, oppression, des groupes les plus faibles, à commencer par les femmes et les enfants :

 

« But I also found other, equally worrying things including high levels of social and economic isolation in some places and cultural and religious practices in communities that are not only holding some of our citizens back but run contrary to British values and sometimes our laws. Time and time again I found it was women and children who were the targets of these regressive practices. And too often, leaders and institutions were not doing enough to stand up against them and protect those who were vulnerable. »

 

Elle ajoute que, bien souvent, les pouvoirs publics ont délibérément fermé les yeux ou laissé faire, de crainte d’être accusés d’anti-islamisme, d’antisémitisme ou de quoi que ce soit de ce type.

Ce n’est donc pas non plus un modèle parfait…

Face à l’échec de l’assimilation et du communautarisme, il faut reprendre la réflexion et arriver à imaginer et à mettre en oeuvre un modèle d’intégration adapté à notre temps.  Car il y aura des migrations ; il y aura des migrants ; il y aura des immigrants. Et nous devrons les accueillir. Et c’est très bien.

La seule question est de savoir comment le faire au mieux.

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