Rencontre de séminaristes : on aurait dit des enfants

Written by Aldor

Il y avait l’autre soir, rue de Vaugirard, un groupe de jeunes séminaristes qui avançait dans la rue. Ils avaient entre 20 et 25 ans, étaient vêtus de leur robe de bure, et marchaient, près du Sénat,  les hommes étant sur un trottoir et les femmes sur l’autre. Et d’un demi- groupe à l’autre s’échangeaient des gestes, des appels, des rires. On aurait dit des enfants.

On aurait dit des enfants car il n’y avait, dans ces façons, aucune volonté de séduire, de faire le malin, de jouer un personnage, aucune drague, aucun ego : des gamins en sortie d’école.

Ce spectacle m’a mis mal à l’aise. Comme me mettent mal à l’aise parfois ces reportages tournés dans des monastères bouddhistes où l’on voit jouer au cerf-volant ou au ballon non pas seulement des enfants mais des hommes jeunes, dont on se dit qu’on a ordinairement, à cet âge, d’autres jeux.

Que des adultes ayant vécu fassent un jour le choix de se détacher du monde et de renoncer à leur ego est une chose qu’il m’est possible de concevoir. Il y a là un choix qui n’est pas forcément une fuite, un renoncement peut-être, dicté par l’expérience, le cœur, la foi.

Mais, pour renoncer, il faut avoir connu et je ne suis pas absolument certain que les jeunes séminaristes que j’ai croisés aient vraiment connu ce à quoi ils renoncent. Et c’est pourquoi leur attitude me met mal à l’aise : ils ressemblent plus à des enfants qui auraient été empêchés de grandir, de mûrir, de devenir des hommes et des femmes complets et accomplis, dans toutes leurs potentialités, qu’à des hommes et des femmes ayant délibérément choisi de renoncer aux plaisirs (et désagréments) du monde.

Mais peut-être (et c’est dans la possibilité donnée à cette hypothèse de s’exprimer qu’est ma propre évolution, ma propre progression) ce discours et cette approche ne reflètent-ils en fait que la mauvaise foi de mon ego, sa limitation et son incapacité à imaginer que de jeunes adultes sacrifient eux-mêmes, volontairement, ce Moi qui me tient tant à cœur.

Peut-être ces jeunes gens et jeunes femmes ont ils réellement choisi de redevenir pareils à des enfants, libres de toute fierté, de toute arrière-pensée, de toute sexualité, de tout quant-à-soi.

Je ne l’exclue plus totalement.

Comments: 7

  1. Lorsqu’un choix est fait librement, il est respectable…. Je ne positionnerai pas ici en tant que bouddhiste car la réponse serait bien trop longue à donner… je pense que la fin de ton article, tes trois dernières phrases vont dans la bonne direction à ce sujet..
    J’ai vu il y a peu un reportage sur des nonnes, enfermées dans un monastère … leur joie naturelle, le bonheur qui émanait d’elle faisait plaisir à voir…
    Je connais autour de moi peu de personnes qui dégagent cela… et pourtant, elles ont tout !! Le sexe, l’amour, l’argent, la santé… Si l’on ouvre les yeux bien grands et qu’on cherche les personnes heureuses il y en a si peu !!! C’est effarant au demeurant, et ce quelque soit l’âge.
    Les cœurs sont fermés, l’esprit obscurci par la société de consommation…
    Alors lorsque tu croises des personnes, quelque soit leur âge, et leur choix de vie, qui dégagent de la joie, du bonheur c’est formidable.
    Avoir une conscience suffisante de la préciosité de cette vie pour choisir le bonheur 🙂
    C’est tout ce que je te souhaite pour 2017, mais la vie monastique n’est pas une obligation pour y arriver 😉

  2. aldor says:

    Merci.Je partage une très grande partie de ce que tu dis.

    Quant au reste…. c’est le chemin qui reste encore à parcourir, probablement ! Je suis dessus….

    Très bonne année à toi.

  3. Joëlle says:

    Voir des gens ainsi libres d’exprimer leur joie me met du baume au cœur.

    • Aldor says:

      … C’est vrai que je suis, quant à moi, un peu moins enthousiaste… Mais peut-être ai-je tort. Je veux dire : je n’exclue pas aujourd’hui d’avoir tort alors que je l’aurais exclu il y a quelques années..

  4. Frog says:

    La clairvoyance n’attend pas toujours le nombre des années… J’aime beaucoup votre façon de dire : “je n’exclus pas d’avoir tort”. Si seulement cette ouverture était plus répandue…
    Pour les séminaristes… Eux pensent faire un choix pour avoir rencontré Quelqu’un. Même si l’on n’y croit pas, il est bon d’imaginer que cette pensée soit possible à d’autres.

    • Aldor says:

      Considérer ce qu’on ne comprend pas comme une chose qu’on ne comprend pas, un mystère comme un vrai mystère, je sais bien n’être pas toujours assez humble pour le faire…

  5. Frog says:

    Moi non plus hélas !

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