Sortir du confort de son lit

Written by Aldor

Lorsque j’étais en khâgne, j’avais un professeur de philosophie qui nous disait que, pour décider, chaque matin, de sortir du confort de son lit pour aller en cours, il fallait un certain courage. Cela me faisait sourire. Et pourtant il est vrai que quand, comme c’est le cas aujourd’hui, la pluie tombe au dehors, qu’on est chaudement installé dans son lit et qu’aucune nécessité urgente ne nous presse d’en sortir, mais seulement des nécessités lointaines ou dont la mise en oeuvre pourrait être remise, il faut un certain courage pour se lever, se mettre à la verticale et sortir de son lit

Il faut toujours du courage, d’ailleurs, au moins à petite dose, pour sortir du confort, même lorsqu’on est persuadé, au fond de soi, que c’est une nécessité.

Michel Tournier raconte ainsi, dans Vendredi, ce long moment durant lequel Robinson, accablé de ses échecs, désespéré, sur le point de perdre la foi qui l’a toujours guidé, se plonge dans l’espèce de mare boueuse où se roulent les cochons, mare chaude, silencieuse, tranquille, confortable, et demeure longtemps, somnolent, endormi, hébété, dans cette fange réconfortante, enveloppante, insouciante, dans laquelle on devine qu’il pourrait mourir s’il n’avait soudain le courage d’en sortir pour affronter la vie.

La fange (oublions un instant la connotation négative qui colle à ce mot) est à l’image de toutes ces choses qui nous sont chères : la chaleur du lit, la douceur du corps de l’être aimé, le confort de la vie quotidienne, la rassurance des routines. A des degrés divers, on s’y sent délicieusement bien.

Rien de mal à cela, je crois pour ma part qu’il faut en être absolument persuadé, à condition de savoir – vraiment savoir –  s’en arracher, de savoir s’en détacher pour avancer dans le flux et le mouvement, affronter la vie, se lever et s’élever.

Et mon professeur de philosophie avait raison : il y faut un certain courage, même si tout petit.

Comments: 4

  1. Ton texte me parle si bien, ne travaillant pas, se lever le matin, surtout l’hiver est un véritable défi. S’il en est de mon courage, alors c’est plutôt celui qu’a ma conscience de ne pas devenir mauvaise en ne faisant rien de mes journées 😉

    • aldor says:

      🙂

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