L’analogie historique est une façon de ne pas penser le présent

Written by Aldor

Il semble que Vincent Peillon, un des candidats à la primaire socialiste, ait tenu en début de semaine des propos hasardeux où il mêlait gouvernement de Vichy, laïcité, port de l’étoile jaune et velléités de certains de mettre en oeuvre une politique d’exclusion des musulmans. Et voici quelques jours que les réseaux sociaux s’agitent sur la question de savoir si ce propos effectivement plein d’erreurs était volontaire où s’il était un lapsus, un glissement involontaire.

Je suis plus préoccupé, pour ma part, par le recours, une fois de plus, des hommes politiques, à l’histoire, pour essayer d’expliquer le présent – ou plutôt par leur tendance à utiliser l’histoire pour ne pas avoir à expliquer le présent.

Si l’histoire a une utilité, c’est de pouvoir, dans certains cas, et lorsqu’elle est maniée avec respect, éclairer le présent. Mais le recours à la référence historique, à l’analogie historique est devenu tellement commun, tellement réflexe, tellement abusif, tellement « conventionnel » aurait dit Rainer Maria Rilke –  qu’il est devenu une façon simple, la plus simple, de ne plus penser le présent, de ne plus chercher à le comprendre vraiment.

Pour comprendre le présent vraiment, il faut se le colleter. Il faut essayer de voir les forces à l’oeuvre, essayer de distinguer les divers mouvements, les diverses tendances, les divers groupes qui interagissent en des couches multiples : il faut essayer de saisir la complexité des choses – et évidemment, on n’y arrive jamais.

Le recours, facile et paresseux, à l’exemple historique, à l’analogie historique, permet de passer outre, de court-circuiter ce travail d’attention fine au présent et de recherche, pour plaquer un mot, un nom, sur le présent, et substituer à l’épaisseur irréductible des choses le souvenir simple et réducteur d’une période historique déjà connue. Et c’est ainsi qu’on parle à tort et à travers de la décadence de l’Empire romain, du régime de Vichy, du gaullisme ou des Lumières, en plaquant une image simpliste du passé sur un présent compliqué.

Or, le présent diffère forcément du passé. Ontologiquement. Le passé peut aider à le comprendre mais substituer à l’effort de compréhension ouverte et d’attention la facilité de l’analogie historique, c’est le meilleur moyen de s’interdire de le comprendre.

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