I would prefer not to (Bartleby)

Written by Aldor

Le héros éponyme du roman de Herman Melville intitulé Bartleby le scribe, dont parlait ce matin Goran, est un employé aux écritures travaillant dans une officine de Wall Street qui, à chaque demande, à chaque requête qui lui est présentée, répond invariablement, inlassablement : « I would prefer not to », quelque chose comme : « J’préfère pas« , « J’préfèrerais pas« , formule dont le sens se situe quelque part entre le oui et le non, qui est plus proche du non que du oui, mais qui n’est cependant pas totalement non. On n’est pas dans l’acceptation ; on n’est pas non plus totalement dans le refus franc ; on est dans l’entre deux de la réticence. Cette réticence, toutefois, est absolue : sous ses dehors polis et policés, le refus de Bartleby est total, absolu : au bout du compte, il ne fait pas, et ne fera jamais, ce qui lui est demandé. Ses paroles peuvent paraître empreintes de mollesse et d’incertitude ; mais les faits, eux, sont durs et solides comme un roc : il ne bougera pas d’un pouce.

Herman Melville a su ainsi capter, avec ce personnage,  sa formule favorite et sa façon d’être, quelque chose de fascinant. Bartleby est un peu le contraire de ce que la majorité d’entre nous sommes : nous tenons des propos durs et fiers, jouons les matamores mais, au pied du mur, avons souvent tendance à oublier nos belles paroles pour épouser un pragmatisme plus tranquille et confortable : faites ce que je dis ; ne faites pas ce que je fais. Bartleby est l’exact contraire. Il ne paie pas de mine, il ne se paie pas de mots mais ce qu’il a dit qu’il ne ferait pas, il le fera pas. Définitivement. Sans aucune hésitation, sans aucun recul, avec une totale fidélité à lui-même.

Il ne bouge pas, il ne dévie pas d’un pouce. Son inertie est une force absolue.

NB : les auditeurs-lecteurs attentifs l’auront remarqué.  Ce que j’écris ici est très différent de ce que je disais au micro. C’est tout l’intérêt, à mes yeux,  de ce podcast blog. Dans un premier temps, j’improvise, je me lance ; puis c’est au moment d’écrire et en écrivant que ma pensée progresse, évolue.  Ce que j’écris est moins spontané que ce que je dis mais c’est souvent plus juste… 


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