Parité hommes-femmes

Written by Aldor

Une collègue, Sabine, me faisait l’autre jour remarquer que la parité hommes-femmes, prônée par le président de la République et le Premier ministre, était plus apparente dans la composition du gouvernement – et encore… – que dans celle des cabinets ministériels.

Mais qu’est-ce que la parité hommes-femmes ? Comment la conçoit-on et quel objectif lui donne-t-on ?

Il y a, me semble-t-il, au moins deux conceptions possibles : l’une au gré de laquelle la parité est un objectif provisoire, qu’il faut suivre le temps nécessaire au rétablissement d’un équilibre naturel dérangé par les traditions, l’histoire, les moeurs : le vivier dans lequel se recrutent aujourd’hui les ministres et la haute fonction publique est dominé par les hommes ; il faut sortir de cela ; quand on en sera sorti et que les hommes et les femmes se retrouveront sur un pied d’égalité, la contrainte paritaire, qui est une rigidité en soi absurde, n’aura plus lieu d’être. On recrutera indifféremment des hommes ou des femmes, sur leur seule compétence, et sans plus se soucier de leur sexe, ou de leur genre.

J’ai longtemps été d’accord avec cette conception mais c’est plutôt l’autre que je partage aujourd’hui : selon cette seconde approche, hommes et femmes sont différents. Intrinsèquement et radicalement différents. Ils n’ont pas la même appréhension des choses, pas la même façon de gérer les problèmes et d’agir, pas le même regard jeté sur le monde. Faire coexister au sein d’une même équipe des hommes et des femmes enrichit donc la palette et permet de voir et de faire mieux et plus large, plus complet. En ce sens, la parité n’est pas un moyen transitoire qu’on pourrait abandonner une fois son objectif atteint, elle est une fin, elle est l’objectif en soi, et doit être recherchée de façon pérenne.

Tel est l’objet de cette improvisation, enregistrée en ce beau matin de presque été.

Comments: 20

  1. Aah, la féministe qui est en moi va pinailler sur un petit point : quand elle/tu dit/s que « hommes et femmes sont différents » et que cela va enrichir le débat… Non non non ! Il faudrait d’abord arrêter de considérer un individu comme un homme ou une femme. Chacun à son caractère, sa sensibilité, et il faut sortir de l’idée qu’il y ait une appréhension « féminine » ou « masculine » de la réalité. C’est une idée reçue qui est sans cesse contredite (qui n’a pas entendu « c’est une femme masculine », « cet homme a une grande sensibilité »…) : en arrêtant de considérer une personne selon son sexe, on saisira – j’en suis persuadée – bien plus de nuances dans son caractère qu’on pouvait imaginer. Et c’est à ce moment qu’on sortira vraiment de l’inégalité. Mais bon… c’est un doux rêve !

    • Aldor says:

      Ah ! Mais ça n’est pas du pinaillage. C’est la question centrale. Et je pense que je ne suis pas d’accord avec vous sur ce point. Je pense que hommes et femmes sont intrinsèquement différents.

      … Et d’ailleurs, s’ils ne le sont pas, à quoi rime la parité ? Si la différence entre hommes et femmes à autant de sens que celle entre yeux bleus et yeux marrons, pourquoi la réclamer ?

      • Pourquoi la société réclame cette différence qui n’a (selon moi) pas de sens ? Pour la même raison que j’ai citée plus haut : le pouvoir. Une étude linguistique a démontré que les femmes ne sont pas plus bavardes que les hommes : c’est le contraire. Les hommes parlent bien plus que les femmes. Quel est le but d’une telle représentation ? Pouvoir légitimement dire à une femme de se taire, qu’elle parle trop. Invalider sa parole, en somme. Ce que l’on pense être inné est donc – dans ce cas en tout cas – complètement acquis, dans un but de domination. (attention, je ne suis pas contre les hommes, je parle des forces qui ont été en place depuis des siècles, et que les femmes ont largement acceptées – elles ont leur responsabilité là-dedans) De plus, c’est confortable d’accepter les cases : on n’a pas de choix à faire. La liberté effraie, et se construire librement comme une personne choisie peut faire peur, car il faut sans cesse se poser des questions sur ses valeurs, sur la légitimité de ses choix etc… C’est bien plus simple de se dire : « je suis une fille, je suis sensible. » Rien ne m’énerve plus que les femmes qui justifie leurs comportements par leur sexe.

        Je sais que l’on ne peut pas être sûr à 100% quand il est question d’inné et d’acquis. Mais il faut se rendre compte qu’un certain nombre de nos constructions mentales sont le produit de l’éducation. Sinon, que serait une femme indépendante, pragmatique, cartésienne, très pudique, combative, sportive, qui n’aime pas le sentimentalisme et les mièvreries, qui préfère les romans d’aventure aux romans sentimentaux qui la barbent royalement ? Qui est grande gueule, qui aime la compétition, et qui fuit dès qu’il faut parler sentiment ? Qui se retrouve plus dans les héros masculins que féminins ? Une erreur de la nature ? 😉 Il faut prendre conscience, selon moi, de sa responsabilité individuelle dans le construction de sa personnalité et de sa vision du monde.

        • (1ère partie du message) La parité rime à déconstruire une inégalité sociale et politique depuis trop longtemps en place. Mais elle s’appuie sur des représentations : on a décidé que les hommes et les femmes étaient différents, il faut donc commencer par le plus simple (imposer une parité) avant de remettre en question ce qui est le fondement de notre culture. Car la différence homme/femme est dans notre culture : littérature, films, religions… Dès le début, la Genèse fait apparaître la femme comme un être curieux et inconséquent. Pourquoi ??? Toutes les femmes le seraient donc ? Non. Mais c’est bien pratique de culpabiliser tout un groupe de personne, pour avoir ensuite le droit de lui dire de se taire, et pour le contrôler. Je prends la religion comme exemple, car après des millénaires de culte, elle est une des responsables des constructions mentales que l’on a inconsciemment.

        • Aldor says:

          Sur la responsabilité individuelle, je suis totalement d’accord. Il ne s’agit absolument pas de s’en exonérer. Ce serait trop facile.

          Quant à la femme, l’image que j’en ai est-elle seulement une construction bébète et stupidement romantique ? Je n’arrive pas à m’en persuader…

          • Je n’ai jamais dit que c’était une construction bébète, mais je pense qu’elle tient de moins en mois devant l’épreuve de la réalité…

  2. Je suis tout à fait d’accord avec Chariesque, je ne pense pas que les hommes et les femmes soient fondamentalement différents, tout comme je ne crois pas que les hommes se ressemblent les uns aux autres ou que « l’éternel féminin » existe … cela nierait trop l’individualité de chacun, qui est unique et ne doit pas être malmenée par des stéréotypes.

    Je suis étonnée par votre question : et d’ailleurs s’ils ne le sont pas (différents) à quoi rime la parité ?
    Je dirais quant à moi que la parité a un but de justice et d’égalité entre les êtres humains.
    Je dirais que le but est d’accorder un peu de pouvoir à cette moitié de l’humanité qui en a été privée pendant des millénaires.

    Après, on peut juger que la justice et l’égalité « ne riment à rien » …

    • Aldor says:

      Merci, Marie-Anne, il y a vraiment un point à creuser, là, pour moi. Peut-être ai-je finalement tort (mais je demande un peu de temps).

      • Tort je ne sais pas …
        Il y aussi des conceptions différentes de l’égalité selon les tendances politiques …

    • Aldor says:

      J’ai probablement mal expliqué ma pensée. Je voulais simplement dire que, pour demander la parité enre deux groupes A et B; il faut estimer qu’il y a une différence réelle – peu importe qu’elle soit innée, acquise ou qu’elle soit une pure construction sociale – entre ces deux groupes. Car si l’on estime vraiment que la dstinction entre ces deux groupes est totalement dénuée de sens et de portée, on ne demande pas la parité,on s’en fiche. Personne ne demande la parité, au sein des gouvernements, entre les personnes aux yeux bleu et les personnes aux yeux vert. Parce que cette différence est considérée comme ne faisant pas sens. Pour réclamer la parité entre deux groupes, il faut accepter qu’ils soient distincts., différents. Pas les uns meilleurs que les autres, mais différents. Et de mon point de vue, il est clair que, ne serait-ce que pour des raisons liées à l’histoire et aux traditions, les femmes ont aujour’hui un regard différent de celui des hommes. C’est pourquoi se battre pour la parité a un sens…

      • C’est à dire qu’il y a probablement déjà la parité entre yeux verts et yeux bleus pour la raison qu’on n’a jamais discriminé l’un ou l’autre …

  3. Frog says:

    La question de la parité – nid de guêpes. Je n’ai pas de position définie là dessus et aucune solution ne me parait parfaite. Surprise, la vie ne l’est pas non plus. Mais j’ai des objections aux il faut et on doit.
    Sur le point de la religion – soupir. Ne s’agirait il pas plutot d’anthropologie que de theologie ?
    Par ailleurs je vois tout à fait ce qu’Aldor veut dire : si hommes et femmes sont parfaitement interchangeables, ces histoires de parité n’ont aucun sens. Son point de vue sur les contributions differentes liees au sexe (que je ne suis pas sure de partager) ne me semble pas absurde du tout. Et quoi qu’il en soit la réalité est assez complexe pour, selon les circonstances et les cas, pouvoir justifier l’un ou l’autre des points de vue.

    • Aldor says:

      Ah ! Je craignais que personne n’ait compris le sens de ma remarque. Merci, Frog.

  4. Frog says:

    La difference entre femme et homme est aussi inscrite dans nos corps. Elle ne condamne à rien mais elle existe. C’est aussi pourquoi on peut vouloir changer ce corps s’il ne correspond pas au genre auquel on s’identifie.

    • Aldor says:

      Oui. Si c’était sans importance, on ne s’en préoccuperait pas. Or, d’évidence, on s’en préoccupe.

  5. Frog says:

    Pardon, mon téléphone ne me laisse pas écrire en un seul commentaire. Je paraîtrai enfoncer des portes ouvertes seulement si on oublie qu’on risque d’eriger des opinions en idéologies et qu’il n’est pas inutile de rappeler des choses tres simples qu’on croit pouvoir mettre de cote en raison de leur apparente evidence.

  6. J’aime beaucoup ce qui se dit dans ce débat. Et notamment les interventions de Chariesque.
    Je rêve moi aussi d’un monde où l’on comprendrait enfin que les êtres humains n’ont pas besoin de se dominer les uns les autres pour être heureux…
    Sans doute est-ce une utopie…mais le monde n’a-t-il pas avancé que parce que certains ont cru à leurs utopies ?
    Merci cher Aldor pour cette réflexion qui me fait beaucoup de bien.
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Aldor says:

      Bonsoir, Célestine.

      Se dominer les uns les autres, quel monde sans intérêt ! Mais ça n’est pas pour antant qu’il faut nier les différences… les différences, ça n’est pas l’inégalité, c’est les différences. Et c’est ça qu’il faut apprendre : penser les différences sa ses assimiler à des inégalités…

      • Ai-je dit cela ? 😉
        Hommes et femmes sont complémentaires…
        Avez-vous vu « la belle verte » de Colline Serreau ?
        ¸¸.•*¨*• ☆

        • Aldor says:

          Non, je n’ai pas vu. Je ne connaissais pas et viens de regarder sur Wikipedia. Mitigées, les critiques. Vous avez aimé, Célestine ?

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