Faible avec le fort, fort avec le faible

Written by Aldor

Etre faible avec le fort et fort avec le faible est une de mes hantises depuis que je suis tout petit.

Se venger sur le faible de la lâcheté qu’on a eu face au fort est un comportement terrible. Et je crains de l’avoir eu.

Et je sais qu’on est alors soi même si scandalisé, si revulsé par sa propre attitude, sa propre indignité, qu’on peut être tenté, pour ne pas commettre une injustice supplémentaire, de ne rien dire au faible quand bien même il mériterait nos remontrances. Et alors, sous prétexte que nous n’avons rien dit au fort, nous ne disons rien au faible, ajoutant, par souci de justice mais surtout par mauvaise conscience, une seconde lâcheté à la première.

Et c’est ainsi que, de lâcheté en lâcheté et de démission en démission, tout va à vau-l’eau.

Il faut, pour sortir de cette spirale descendante, comprendre au fond de soi qu’il ne s’agit pas d’un rapport de force, que tout cela n’a rien à voir avec la force et la faiblesse. Comprendre qu’il ne s’agit pas d’être plus fort que le fort, encore moins d’être plus fort que le faible. Il s’agit de bienveillance. Ni muscles montrés, ni mécaniques roulées, de la gentillesse.

Et lorsqu’on a compris que c’est de cela qu’il s’agissait, on trouve les bons mots pour parler au faible. Et ayant appris à s’adresser ainsi au faible, non pour l’écraser ou lui faire sentir notre autorité mais pour le guider et le conseiller, au mieux qu’on peut, avec amour, lorsqu’on a dépassé cette analyse des choses en termes de rapport de forces, on est probablement mûr pour s’adresser aussi au fort.

C’est ce que je retiens de ce que m’a appris Katia, et de l’expérience récemment racontée par Clémentine.

Mais je me rends compte, écrivant ces choses, qu’il y a, niché au fond du phénomène de démission que je décris, le rôle immense de la mauvaise conscience et du poids qu’elle peut faire peser. J’en reparlerai.


PS : comme je le pensais en écrivant la fin du commentaire et comme Le marcheur solitaire a si bien su l’exprimer, il n’y a plus, au bout de ce chemin, force ni faiblesse, fort et faible. Ces catégories elles-mêmes faussent la réalité.

Comments: 9

  1. merci à toi, bernard merci d’avoir relayé le témoignage de clémentine à travers ta propre réflexion, ô combien questionnante et d’actualité

    • Aldor says:

      Bonjour, Maly.

      Oui, c’est une question difficile parce qu’indéfiniment retournable et re-retournable.

      Et malheureusement, voilà des millénaires qu’elle est d’actualité !

      • mais grâce aux échanges que nous pouvons avoir avec toi à ce sujet et qui s’élargissent puisque ça m’a conduit à une conversation avec clémentine, et bien les ‘choses’ avancent 🙂
        alors je suis optimiste quant aux prochaines générations 😉

  2. Moi je vais être très puérile mais vous avez une belle voix !

    • Aldor says:

      Merci. C’est très gentil !

    • Aldor says:

      (et c’est à cela aussi que servent les micros)

  3. Pas toujours facile de déterminer, dans un échange, qui est faible et qui est fort.
    Le faible peut se croire fort. Le fort peut laisser croire qu’il est faible …

  4. Oui, j’allais dire un peu comme “la bouche à oreille»
    Qu’est-ce qu’un fort ? Un type qui a des gros biscottos ? Une grande gueule ? beaucoup de fric ? une intelligence supérieure ? un talent ? ou une grande sagesse et maîtrise de jedi ?
    Dire que l’on conçoit toujours les relations en termes de dominant/dominé, pourtant c’est un peu has-been…Et si on inventait l’homme du futur, bienveillant, solidaire, équitable ?
    Ben quoi ? On peut rêver ? 😉
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Aldor says:

      Bonsoir, Célestine.

      Le fort dont je parlais à la suite des aventures de Clémentine était celui avec des biscottos. Le fort qui peut faire peur, celui face auquel il faut faire preuve de courage physique. Seulement lui.

      Je t’accorde bien volontiers que cette analyse en termes de dominant/dominé n’est pas très poussée et qu’il serait mieux de passer à autre chose…

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