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Peur


II m’arrive, ces derniers temps, d’aller et surtout de rentrer du bureau à pied. Il fait alors souvent nuit ; les rues sont moins fréquentées qu’elles ne l’étaient pendant le jour ; la lumière, parfois, y est faible – c’est d’ailleurs un des charmes de ces promenades nocturnes

Parfois, durant ces marches, je suis des personnes. Je les suis non pas parce que je veux les suivre mais parce qu’elles marchent devant moi, que leur trajet est, pour partie, le même que le mien et que, étant derrière elles, je les suis.

Et souvent, lorsque la rue est désertée et que c’est une femme qui marche devant moi, je sens après quelque temps un malaise qui monte : cette femme, là, devant moi, qui marche dans la rue, a entendu mon pas et une petite angoisse est apparue. On le sent à son propre pas qui se fait plus mécanique, à une raideur du tronc, à des esquisses de regards jetés en arrière.

Quand cela arrive et que je le ressens, j’essaie par divers moyens de dénouer la tension : je tousse, ralentis, accélère, change de trottoir, tente de manifester d’une façon ou d’une autre ma bienveillance et mes bonnes intentions. Mais les sourires, les yeux gentils, l’attitude amicale, cela ne se voit guère quand on marche derrière une personne et qu’elle marche devant nous.

Provoquer ainsi, même petitement, l’angoisse et la peur, par son seul pas, sa seule présence, c’est très dégradant. Le malaise que j’éprouve alors est certainement moins fort et moins désagréable que celui de cette personne qui se croit suivie et me craint mais c’est désagréable.

Triste monde que celui dans lequel les hommes font peur aux femmes.

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