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Service public


Je traversais hier matin Paris à vélo et me demandais – car c’est une réflexion en cours, au sein de mon entreprise – quels étaient les métiers qui incarnaient le plus, à mon sens, la notion de service public. Je me disais qu’à mes yeux, et presque sans aucune hésitation, il s’agissait des infirmières et des postiers.

J’en étais là de mes réflexions et traversais le pont Alexandre III lorsque des sirènes et des coups de sifflet ont retenti derrière moi, que des gendarmes en moto sont arrivés, faisant de grands gestes pour écarter le trafic et ouvrir la voie à quelques voitures filant à toute vitesse et qui transportaient probablement le Premier ministre ou le président de la République.

Et j’ai compris alors pourquoi l’infirmière et le postier étaient pour moi l’incarnation du service public.

Le Premier ministre, le président de la République exercent évidemment une mission de service public : ils épuisent leurs journées, leurs nuits et peut-être une partie de leur santé à organiser les choses, à faire en sorte qu’elles fonctionnent et que le pays avance. Ils rendent des services, nécessaires et éminents – ou du moins le veulent-ils. Mais ces personnages, aussi dévoués soient-ils – et je ne doute pas qu’ils le soient – reçoivent – moins par contrepartie que parce que la fonction paraît l’exiger – puissance, pouvoir, honneur, prestige, et en partie richesse. Et quand, au sein d’une fonction, ces avantages se mêlent à la notion de service aux autres, ils l’emportent. Le pouvoir, la richesse, la puissance, le prestige, sont comme ces gènes dominants qui, dans la loterie héréditaire, l’emportent sur tous les autres. Le pouvoir corrompt. Non nécessairement les hommes mais les fonctions. Et ces hommes au service des hommes que sont nos gouvernants finissent par devenir essentiellement des hommes de pouvoir.

Quand quelque chose de ce genre se mêle à la fonction première, il l’emporte. C’est pourquoi, bien que les magistrats exercent à n’en pas douter une mission de service public, ils ne l’incarnent pas ; non plus que les mandarins dans les hôpitaux ou les universités, non plus que tous ceux qui, exerçant une mission de service public, en tirent d’une certaine façon gloire, prestige, richesse ou puissance (et c’est pourquoi, de façon peut-être injuste, les pompiers me paraissent incarner plus le service public que les soldats ou les policiers qui portent arme).

Mais les postiers, avec leur uniforme si simple et si peu prestigieux, leur métier d’anges reliant les uns aux autres ; les instituteurs, qui tentent humblement d’apporter la connaissance et la liberté aux enfants des hommes et de les faire ainsi grandir ; les infirmières qui, jour et nuit, semaine et dimanche, se dévouent à l’apaisement des souffrances et au réconfort des êtres meurtris et malheureux, ceux-là incarnent parfaitement, dans leur humilité radicale et leur abnégation, le service public.

Etre au service des autres, et n’être que cela, sans n’en rien tirer pour nous.


PS : à la réflexion, j’ajouterais volontiers à ma liste première tous les métiers où l’on rend service aux autres sans avoir l’occasion de rouler des mécaniques, sans exercer de pouvoir sur eux : jardinier, caissier, hôtes et hôtesses d’accueil, hommes et femmes de ménage, tous ces invisibles dont la présence et le travail éclairent le monde.

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