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“It were better that ten suspected witches should escape, than that the innocent person should be condemned”


 

Le long procès des prétendues sorcières de Salem, qui dura plusieurs mois et durant lequel des dizaines de personnes furent condamnées et exécutées, pour sorcellerie, dans le Massachusetts de 1692, prit fin grâce au clergé de Boston qui, intervenant à la demande du gouverneur de l’Etat, étudia les minutes, réexamina les faits et en conclut que les témoignages n’étaient probablement pas valides.

C’est un prédicateur de Boston, Increase Mather, qui emporta la décision en faisant publier un opuscule : Cases of Conscience Concerning Evil Spirits (Cas de conscience regardant les esprits maléfiques), dans lequel il écrivait la phrase suivante :

“It were better that ten suspected witches should escape, than that the innocent person should be condemned”

(mieux vaut laisser échapper dix sorcières présumées que condamner un innocent)

 

Ce procès a inspiré une pièce à Henry Miller, pièce qui a elle-même inspiré, en 1957, un film à Raymond Rouleau, magnifique film que j’ai vu hier soir et où jouent notamment Simone Signoret et Yves Montand.

Yves Montand est John Proctor, un fermier, humain, trop humain, donc faible, mais qui va au fur et à mesure grandir en stature. Elisabeth Proctor, son épouse, qui est le personnage le plus intéressant du film et qu’incarne Simone Signoret, est tout le contraire : rigide, orthodoxe, fermée dans tous les sens du terme, elle confond l’obéissance à Dieu et la sévérité, et ce n’est que progressivement, avec le malheur, qu’elle s’ouvre à autre chose, une autre chose qui est à la fois l’humanité et le message évangélique. Dans une des scènes du début, son mari lui reproche fort justement de n’avoir aucune miséricorde ; c’est peu à peu qu’elle apprendra cette miséricorde, qu’elle apprendra à délaisser la lettre pour l’esprit, qu’elle apprendra l’amour.

Simone Signoret, Mylène Demongeot et Yves Montand dans Les sorcières de Salem

 

Et c’est ainsi qu’au travers du personnage d’Elisabeth Proctor se résume, en une parabole, le récit tout entier. Les juges de Salem ne savent au début qu’appliquer la règle : ils ne jugent pas, ils appliquent. Il faut l’intervention d’Increase Mother pour que la justice devienne justice, qu’elle suive l’esprit de la loi et non sa lettre, pour que soit comprise l’intercession d’Abraham, dans la Genèse, à l’heure du châtiment de Sodome et Gomorrhe : S’il y a trente justes, s’il y a vingt justes, s’il y a dix justes, et même probablement s’il n’y en a qu’un, le châtiment ne doit pas être accompli. Mieux vaut laisser dix possibles coupables en liberté que châtier un innocent.

Et puis il y a une autre leçon, que nous mettons parfois très longtemps à entendre et à comprendre et que, même quand nous l’avons comprise, il est bon de se voir répéter : ce que nous reprochons aux autres, les démons que nous voyons en eux sont toujours nos propres démons. Ce sont nos démons et nos faiblesses que nous plaquons sur les autres.

Nous sommes les sorcières que nous reprochons aux autres d’être.

 

Une réflexion au sujet de « “It were better that ten suspected witches should escape, than that the innocent person should be condemned” »

  1. ‘Nous sommes les sorcières que nous reprochons aux autres d’être’……oui et tout s’apaise quand on ‘entend’, comprend ça…..
    et tout autre chose: je viens de faire une petite balade dans tes photos sur flickr car ça faisait longtemps que je n’y étais passée……..et il y a des merveilles comme toujours!
    la photo du 29 janvier 2018 nommée détritus m’évoque un magnifique papillon doré….et j’adore celle nommée verts…et puis plein d’autres très poétiques à mes yeux…….la boule de noël cassée, tes dessins…..et tant et tant ……..merci infiniment pour ces partages

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