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Abdiquer sa liberté


Nous discutions hier avec Katia de mon sujet favori : l’amour. Je lui disais qu’à mon sens (mais peut-être changerai-je un jour d’avis), l’amour était une sorte de dépendance volontaire : volontairement, on se rendait dépendant de l’autre, on se remettait entre ses mains, comme dans une sorte de prière où l’on se remet entre les mains de Dieu et de sa volonté. Par foi et confiance totales, on abdique sa liberté en l’autre. L’autre nous la rendra probablement immédiatement, s’il nous aime, mais il y a un geste initial de don, d’abandon, de sacrifice. Entre les mains de l’autre on se remet.

Et puis, songeant ce matin aux paroles de la chanson Ma liberté, de Georges Moustaki, dont nous avions également parlé hier, j’ai réalisé que cet abandon, ce sacrifice, cette abdication nécessitaient que, préalablement, cette liberté ait été construite. Pour abdiquer sa liberté par amour, il faut d’abord l’avoir édifiée ; pour se remettre entre les mains de l’être qu’on aime, il faut d’abord avoir été et être. Et c’est après seulement que l’abdication a un sens. Car sinon, le sacrifice volontaire de son indépendance qu’on prétend accomplir n’est que sacrifice de fausse monnaie, faux don : on échange une chaîne contre une autre ; esclave, on ne fait que changer de maître.

Il faut suivre Walter Mitty !

Et cette idée, en ce matin pluvieux du mois de juin, me rendait gai et amoureux.


NB : évidemment, si l’un, en dépit de tout, ne songe qu’à construire ou à conserver sa liberté et que l’autre, en dépit de tout aussi, ne veut que sacrifier une indépendance qu’il n’a en fait jamais conquise, ça ne matche pas !

PS : On aura reconnu, en introduction et conclusion musicales de mon propos, Ma liberté, écrite par Georges Moustaki mais chantée ici par Serge Reggiani.

En voici les paroles :

Ma liberté, longtemps je t’ai gardée, comme une perle rare,
Ma liberté, c’est toi qui m’as aidé à larguer les amarres.
On allait n’importe où, on allait jusqu’au bout des chemins de fortune,
On cueillait en rêvant une rose des vents sur un rayon de lune.

Ma liberté, devant tes volontés mon âme était soumise,
Ma liberté, je t’avais tout donné ma dernière chemise.

Et combien j’ai souffert pour pouvoir satisfaire toutes tes exigences,
j’ai changé de pays, j’ai perdu mes amis pour gagner ta confiance.

Ma liberté, toi qui m’as fait aimer même la solitude.
Toi qui m’as fait sourire quand je voyais finir une belle aventure,
Toi qui m’as protégé quand j’allais me cacher pour soigner mes blessures.

Ma liberté, pourtant je t’ai quittée une nuit de décembre,
J’ai déserté les chemins écartés que nous suivions ensemble.
Lorsque sans me méfier les pieds et poings liés je me suis laissé faire,
Et je t’ai trahie pour une prison d’amour et sa belle geôlière.(bis)

10 réflexions au sujet de « Abdiquer sa liberté »

  1. Tout à fait d’accord avec ce préalable à l’amour, on ne nous l’explique pas assez bien quand on est ados et que priorité devrait être donnée à cette construction, au lieu de vouloir à tout prix se fondre dans une relation.

  2. Tiens, pour une fois je ne suis absolument pas d’accord avec toi (tout en comprenant et en trouvant ta réflexion intéressante pour la contradiction qu’elle m’apporte ^^) 🙂 Tout en étant capable d’accorder confiance et loyauté totale à l’autre, il n’y a pour moi pas de sacrifice de liberté “en soi” dans le fait d’aimer. Il me semble que c’est plutôt le type de “contrat” de vie que l’on passe avec l’autre, et la forme qu’on choisit ensemble de lui donner qui fait ensuite qu’on peut choisir d’abdiquer, de sacrifier cette liberté.

    1. Bonjour, Esther,

      Je pense que c’est tout mon problème que tu soulignes là. Un certain manque de maturité (c’est un peu triste, à mon âge !) peut-être, de confiance certainement.

      1. Bonjour Aldor,
        pour le coup, je ne sais pas si je dirais de toi que tu manques de maturité, et de toutes façons je trouve joli qu’on garde de l’enfance en soi jusqu’à un âge “avancé” ^^ Ce n’est pas si courant chez les adultes… Quant au manque de confiance en soi, c’est une faille que beaucoup d’entre nous portent d’une manière ou d’une autre et qu’il est difficile de colmater. Mais c’est aussi une fragilité qui peut être accueillie par l’Autre, là ou l’excès de confiance en soi peut faire que l’on se suffise à soi-même et qu’on n’accède jamais à la dimension d’abandon que tu soulignais dans ton texte 😉

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