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Vivre par procuration


 

On a parfois tendance à vouloir s’accaparer la gloire, le mérite ou les exploits des autres.

Dans le cas d’événements comme la coupe du monde de football, il y a évidemment de cela dans le “On a gagné !” crié par des masses qui n’ont rien fait sinon suivre derrière un écran la course des joueurs. Mais personne, je pense, ne croit vraiment les paroles prononcées et le phénomène relève tellement de l’enthousiasme collectif qu’il n’est au fond que cela : un moment de solidarité, de fusion et de défoulement dans un “On” collectif. mais on ne se sent pas individuellement grandi par la victoire de l’équipe même si on se projette en elle.

Mais cette façon de faire peut prendre des formes beaucoup plus insidieuses dont je parlais, l’autre jour, avec l’aimée. Il peut en effet également arriver – et très clairement cela m’arrive parfois et trop souvent – de se sentir grandi ou partie prenante de l’exploit ou de la réussite de personnes qu’on aime ou de proches – au point de vouloir bénéficier un peu de l’aura qui s’attache à cet exploit. Et alors on en parle, on en fait la publicité comme si le mérite en allait sur nous rejaillir, comme si nous souhaitions tirer la couverture à nous.

Cela arrive fréquemment dans la façon que nous avons de parler de nos enfants et de ce qu’ils font. Même si, contrairement à ce que je dis dans l’enregistrement, ce n’est pas dans les façons de dire que la différence se marque vraiment mais dans ce qu’on ressent soi-même, on peut, vis-à-vis de la réussite de ses enfants, avoir deux attitudes : l’une qui consiste à être fiers pour eux, et l’autre qui consiste à être fiers d’eux. Dans le premier cas, c’est clairement à nos enfants qu’on reconnaît le mérite et la gloire ; dans le deuxième, on tente d’en bénéficier un peu, comme si leur mérite rejaillissait sur nous, comme si nous étions partie prenante de l’exploit.

Katia m’avait un jour parlé de vampirisation, de cette tendance qu’ont certaines personnes à aspirer la substance des autres. Il y a un peu de cela dans cette façon de faire, dans cette façon de chercher à resplendir de l’éclat d’autrui.

Et, comme elle me disait, le risque est alors grand de ne plus vivre que par procuration, en ne faisant plus rien par soi-même et en ne faisant plus que rêver la vie des autres, ce qui est une triste chose.

C’est à nouveau le thème de ce beau film : La vie rêvée de Walter Mitty.


 

La musique d’introduction et de conclusion est sans aucun rapport. C’est la très belle voix de Regina Spektor chantant Samson dans le disque “Begin to hope”.

 

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