Pour la liberté de porter le voile (ou non)

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Le débat sur le voile est décidément mal engagé et mal mené. Non pas seulement ou essentiellement parce que les arguments échangés seraient de mauvaise foi – ce qu’ils sont parfois – mais surtout parce qu’on ne va pas au bout des arguments, qu’on assume pas jusqu’au bout le paradoxe des positions. Or il faut les assumer car là est ce qui les justifie.

Il faut sans doute probablement commencer par arrêter avec les mauvaises raisons : prétendre que le voile serait, en soi, une injure faite à la femme, à sa féminité ou à sa liberté, ne convainc pas : en soi, le voile ne menace rien.

Il faut, ensuite, désigner les vrais problèmes et non pas les faux problèmes : le vrai problème soulevé par le voile, ce n’est pas le statut de la femme, ce sont les sortes de ghetto que nous avons laissé se créer dans nos villes, dans nos quartiers, dans nos banlieues, ghettos au sein desquels le port du voile peut donner lieu à des pratiques d’intimidation : nous avons tous entendu parler de ces jeunes femmes insultées ou agressées parce que leur tenue avait été jugée insuffisamment orthodoxe ; nous savons tous qu’existent des pays dans lesquels ne pas porter le voile peut conduire à l’agression, à l’arrestation, à la condamnation. Là est le problème du voile : ne pas porter le voile peut, dans certains quartiers de la France de 2019 comme dans certains autres pays du monde, exposer les femmes à des violences psychologiques ou physiques – ce qui n’est pas acceptable.

Or il en est du port du voile comme de l’éloge, cher à Figaro : sans liberté de ne pas porter le voile, il n’est pas de vraie liberté de le porter, et tout port de voile dans ces conditions n’est que soumission à la terreur.

C’est pourquoi – très paradoxalement mais il faut assumer ce paradoxe car il est celui qui justifie la position laïque – si le combat pour l’encadrement du port du voile est d’abord un combat pour le droit des femmes à ne pas le porter, il est aussi, voire surtout, un combat pour la liberté de le porter. La liberté de porter le voile n’existe en effet pas tant que n’est pas réelle la liberté de ne pas le porter.

Tant que des femmes seront menacées et vilipendées parce qu’elles ne portent pas de voile, tous les beaux discours sur le voile et ses vertus sonneront faux. Tant que le voile sera imposé, il ne sera rien d’autre, là où il est imposé, qu’une soumission à la violence.

C’est pourquoi la vraie liberté de porter le voile commence par celle de ne pas le porter, qu’il faut partout rétablir.

2 réflexions au sujet de « Pour la liberté de porter le voile (ou non) »

  1. emotionsdefemme – Narbonne - France – J'ai eu un parcours professionnel atypique. Architecte urbaniste, restauratrice puis cadre commerciale, j'ai été frappée par une maladie neurologique fin 2013 qui m'empèche de dormir. J'ai profité de ces nuits blanches pour recommencer à dessiner et à écrire des poèmes qui traduisent mes « Emotions de femme. »
    emotionsdefemme dit :

    Tu soulèves un sujet délicat … Mais je suis d’accord avec toi. La vraie liberté est de ne pas être obligée de porter le voile ! Elle est dans le choix. Hélas nombre de ces femmes n’ont pas le choix. Dans les années 70, avant la montée des religieux islamistes dans les pays arabes, les femmes étaient vétues a l’européenne et ne se voilaient pas, du moins dans les grandes villes.

    1. Aldor – Paris, France – Un Parisien qui blogue, Un deuxième improvise, Un troisième se promène, Un quatrième montre des images, Un cinquième écrit. Ce sont pourtant les mêmes : https://improvisations.fr, https://aldoror.fr, https://promenades.improvisations.fr, https://images.improvisations.fr, https://lignes.improvisations.fr, https://notes.improvisations.fr
      Aldor dit :

      Oui, Catherine, c’est un sujet délicat. Vu de mon cinquième arrondissement, entre jardin des Plantes et jardin du Luxembourg, le port du voile n’est pas un problème. Mais ce n’est évidemment pas le point de vue le plus pertinent. Et il faut essayer de comprendre le point de vue le plus pertinent.

      Les jugements de valeur ne valent rien à l’affaire : on peut avoir des points de vue différents sur le voile, ses vertus ou les valeurs qu’il représente. On peut aussi, pour reprendre ce que tu dis, s’apercevoir qu’il y a 20 ou 30 ans, le voile était moins répandu qu’aujourd’hui. Mais il n’y a pas grand chose à en dire : il y avait également plus de jupes, de chapeaux et moins de jeans et de t-shirts : ça pourrait être une évolution sociale, un changement de mode ou même une attirance réelle vers un un habillement plus strict, plus opaque – et il n’y a rien à redire en soi à cela : la société peut évoluer.

      Le fait concret, qui est scandaleux, est les injures et les agressions dont sont victimes les femmes qui ne se prêtent pas à cela. Et cela change tout. Qu’on se couvre de tous les voiles qu’on veut n’a rien de dérangeant et peut même certainement être le support de valeurs féministes – mais des lors qu’on est vraiment libre de le faire ou non, c’est à dire libre de ne pas le faire.

      Et si cette liberté n’existe pas, tout tombe.

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