Les sandales, les vélos et l’éminente dignité de l’homme

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Paris au mois d’août est propice à la flânerie. Et revenant hier du bureau, je me suis plongé dans la beauté de la ville, le plaisir de regarder les gens qui déambulaient dans les rues, le spectacle des pieds féminins et des vélos graciles.

Je regardais les pieds des femmes. Non pas à la façon de Charles Denner (que j’aime beaucoup, et dont j’aime beaucoup le personnage ; et dont j’ai tout récemment découvert qu’il avait la même voix que Vladimir Jankélévitch) – non pas à la façon de Charles Denner dans L’homme qui aimait les femmes. Il y avait forcément une dimension érotique dans mon regard (comment pourrait-il ne pas y en avoir ?) mais ce n’est pas elle qui me guidait. J’étais fasciné par la beauté esthétique de la sandale, par le génie qui s’exprimait dans cet entrelacs épuré de cuir, de cordes, de brides, de lanières, qui arrivait à faire du pied quelque chose de sublime. Voici – comme les bols, les vases, les peignes et d’autres choses encore – un objet jailli du fond des âges et dans l’extraordinaire beauté et simplicité duquel s’exprime la quintessence (comme on dit chez Walter Mitty) de la créativité humaine. 

Je regardais donc, s’agitant sur les trottoirs, les pieds embellis par les sandales, mais également, depuis le mien, les vélos qui passaient ou qui étaient garés. Et là encore, quel ravissement ! Que c’est beau, un vélo (beaucoup plus qu’un camion !), avec ses grandes roues reliées au moyeu par de fins rayons au travers desquels tout se voit, ce cadre tout simple, cette selle et ce guidon minimalistes : une machine magnifique, légère, gracile qui est, elle aussi, un sommet du génie humain. 

Alors je sais bien toutes les horreurs et tous les crimes qui se commettent, je sais tous les saccages et toutes les saloperies. Mais je suis bouleversé par la capacité de l’homme à faire le pire et simultanément le meilleur, par sa capacité à créer de telles merveilles.

Quand on perd confiance dans l’humanité (et l’occasion, hélas !, nous en est si souvent donnée), on peut, pour se rasséréner, regarder les sandales et les vélos. La créature qui a su concevoir cela n’est pas totalement indigne ; elle participe du divin.

 

 

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11 Comments

  1. 3 août 2019
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    C’est vrai; qu’est-ce qu’on peut faire avec deux pieds et un vélo ! Et également, qu’est-ce qu’on peut éviter de faire !
    Merci, Aldor.

  2. 3 août 2019
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    C’est très beau comme réflexion et c’est rafraîchissant. On parle toujours de choses très compliquées alors que le ravissement peut aussi bien venir de la simple contemplation de choses beaucoup plus simples telles des sandales, des pieds ou encore des vélos ! Bel été à vous !

  3. 3 août 2019
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    Je suis parfaitement d’accord avec toi si ce n’est sur un point : je crois qu’il y a très peu d’amour, de quelque forme que ce soit, dans le film L’homme qui aimait les femmes. C’est peut-être même l’histoire de l’incapacité à aimer.

    • 3 août 2019
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      Je suis d’accord avec toi, Joséphine. J’ai beaucoup de tendresse pour le personnage de Bertrand Morane mais il est malheureux et effectivement, ne sait pas aimer. Cela étant, qui le sait vraiment ?

  4. 3 août 2019
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    En fait, tu ne l’affirmes pas toi non plus. Je le note simplement en passant.

  5. 4 août 2019
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    Ah les sandales ! C’est vrai qu’il y a quelque chose. Sinon moi je suis plutôt verre à moitié vide – que la créature qui sait envoyer Cassini sur Saturne ne soit pas foutue de se débrouiller un tout petit mieux sur cette Terre me coupe en deux.

  6. 5 août 2019
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    Bien jolie réflexion qui fleure bon l’été et la douceur de l’émerveillement ! Merci Aldor.

  7. 11 août 2019
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    J’aime beaucoup ce billet.
    Même si je ne trouve pas du tout que Jankélévitch ait la même voix que Charles Denner…
    Bisous, cher rêveur de sandales
    •.¸¸.•`•.¸¸☆

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