“Pour être tout à fait transparent”

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J’assistais l’autre jour à une réunion (à distance) durant laquelle un des participants fit, à de nombreuses reprises, précéder son propos de la formule : “Pour être tout à fait transparent”

C’était amusant, cette façon qu’il avait de souligner que, d’ordinaire, transparent, il ne l’était pas, et j’ai d’abord réagi de façon enfantine, infantile sans doute, à cet aveu, souriant en mon for intérieur.

De ma lointaine enfance, de ce temps où je n’étais pas si roué, j’ai en effet gardé le réflexe de considérer la transparence comme une bonne chose et le secret comme forcément honteux. Mais ça n’est qu’un réflexe car, quand j’y réfléchis, mon sentiment est tout autre.

Je me souviens qu’un jour où Katia et moi arrivions à Amsterdam, nous avions vu, dans les faubourgs,  ces grands immeubles dont les fenêtres étaient dépourvues de tout rideau, de tout voilage : de la pure transparence qui permettait de tout voir, comme le permettent ces telecrans surveillant les intérieurs de 1984. Un monde de cauchemar d’où l’intimité a disparu, où le secret est devenu criminel.

Je ne crois plus, depuis un certain temps (pas si longtemps !) à la vertu intrinsèque de la transparence, à la malignité du secret et du confidentiel.  Mais le fait est que, aussi sûr que je sois du bien-fondé de cette position, j’ai du mal à la justifier : la transparence a pour elle la force de l’évidence alors qu’il faut bien de l’énergie pour plaider la cause du secret et du confidentiel : “Qui n’a rien à se reprocher n’a rien à cacher”, susurrent depuis toujours les inquisiteurs et ceux d’entre nous qui se sentent investis d’une mission mystique.

Et pourtant si : tout ne gagne pas à être révélé, étalé, publié. Parce que tout ce qu’on fait, dit ou écrit ne s’adresse pas au public mais souvent à quelqu’un et qu’on ne peut à la fois s’adresser à une ou des personnes singulières et s’adresser au monde. Ni l’attention,  ni l’intention ne sont les mêmes : on ne peut, à la fois, parler à quelqu’un et parler à la galerie. Le “Je t’aime” murmuré au creux de l’oreille n’a rien à voir avec celui lancé sur la place.

Voilà pourquoi il faut des rideaux aux fenêtres : non pour cacher nos faits et gestes mais pour que ceux-ci soient sincères et véridiques.


NB : je constate, à la relecture (et Thierry me l’a fait remarquer) que mon propos pouvait être mal interprété.

Il y a, hélas, c’est vrai, de trop nombreuses situations dans lesquelles le secret ne sert qu’à cacher la malfaisance et où la transparence, qui la révèle, sauve. C’est d’ailleurs cela aussi qui justifie qu’on en fasse l’éloge.

C’est tout à fait vrai. La transparence   la mise à nu, peut être le moyen d’éviter la violence. Elle est parfois ce qui sauve des ogres.

Tout ce qui est important peut être retourné.

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