Sexe

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Il y avait en décembre, sur Arte, un documentaire sur un petit garçon, Sasha, qui se sentait profondément fille – ou plutôt sur une petite fille qui, comme cela arrive parfois, avait un corps de garçon. Elle était très malheureuse d’avoir ce corps là qui ne correspondait pas à ce que, au fond d’elle-même, elle était ; et elle luttait, avec l’aide de ses parents, pour vivre la vie de petite fille qu’elle se sentait être.

Quelques jours plus tard, j’ai écouté le récit d’une femme, Isâ Padovani, qui avait décidé d’assumer la masculinité qu’elle sentait, depuis toujours, être sa nature profonde, en modifiant ce corps de femme qui, depuis toujours, lui était étranger.

Certains considèrent le corps comme une enveloppe extérieure, quelque chose de superficiel qui recouvrerait et cacherait parfois quelque chose de plus profond, de plus intime : un esprit ou une âme qui serait la vérité de l’être et qui n’aurait ni corps, ni sexe ; un pur esprit en forme d’ange. Ce que je ressens moi-même et ce que nous disent Sasha et Isâ, c’est au contraire que le corps n’est pas un autre mais que nous sommes notre corps, notre corps sexué, et que quand ça n’est pas le cas, quand nous ne trouvons pas en nous-même cette unité fondamentale, notre douleur est profonde.

Je me sens profondément homme, masculin, animé des passions, des élans, des réflexes de ce corps qui est non seulement mien mais moi ; et je présume qu’il en va de même des femmes. Ce qui ne signifie évidemment pas que les hommes soient tous pareils, les femmes toutes identiques et qu’on ne retrouve pas chez tous des caractères féminins et masculins. Ni (quelle tristesse de devoir le dire !) que les unes soient supérieures aux autres ; les deux sont seulement un peu différents au sein d’une identité fondamentale.

Mais cette différence est là, patente, qui nous attire. Pas seulement la différence des corps mais aussi celle des esprits, des tournures, des façons, qui sont l’altérité. Et que cette différence soit pour partie un héritage culturel ne change rien à l’affaire. Elle est là. Et tant mieux : si les hommes et les femmes étaient identiques, quel intérêt y aurait-il à la mixité  ?


La photo a été prise à Porquerolles et ma motivation matinale pour cet article est née de ma lecture, hier, d’un papier de Josephine Lanesem sur les errances du féminisme : La haine.

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4 Comments

  1. 2 février 2021
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    Merci de cette réaction à mon article ! Je crois qu’on ne se comprend pas, mais ce n’est pas bien grave 😉
    On peut très bien ressentir et une identité sexuée et une identité qui n’a rien à voir avec la sexualité. On est comme un oignon, quoi, avec des couches. Ou un ensemble encore plus complexe, en fait, avec un noyau mouvant, tour à tour sexué ou non, et des satellites qui se réorganiseraient en fonction.
    Tu cites les personnes qui changent de sexe, c’est un ensemble très très divers : quantité ne s’identifient ni au féminin ni au masculin ou aux deux genres ; et même s’ils s’identifient à un seul, cela ne signifie pas avoir entièrement renié l’autre. Chaque histoire est singulière. Comme la tienne. Celle d’une personne qui se sent entièrement et seulement d’un genre, celui assigné par la nature, et qui y voit son identité profonde.
    Cependant, ce genre de considérations peut devenir un terrain glissant : ceux qui veulent interdire l’adoption par un couple homosexuel rappellent par exemple la nécessité d’avoir un parent de chaque sexe. Ce qui est, à mes yeux, injustifiable, mais c’est un autre sujet.
    Une belle journée, malgré nos désaccords !

  2. 3 février 2021
    Reply

    Je crois que l’altérité n’a rien à voir avec le sexe.
    Respecter, admirer ou haïr l’autre, cela peut se faire quel que soit le sexe de la personne en face.
    Et puis il faudrait une bonne fois admettre qu’il n’y a pas seulement deux sexes, mais toute une palette de nuances…Mais cela, ce serait renoncer à la sacro-sainte définition binaire du monde…
    On n’y est pas encore.
    •.¸¸.•`•.¸¸☆

    • 3 février 2021
      Reply

      Je pense qu’elle a un peu, même si c’est sous la forme jungienne un peu fantasmée qu’évoque Joséphine dans son papier d’aujourd’hui.

      Oui, bien sûr.

      Tu n’es pas la seule a reagir sur ce point là alors que ce n’était pas mon propos. Mon propos était de dire que nous n’avions pas un esprit, un caractère, une âme, déliée de notre corps et en particulier de son sexe ; nous n’avons pas un for intérieur asexué que viendrait superficiellement habiller un sexe. C’était ça mon propos.

      Cela une fois dit, Joséphine et toi avez raison de dire que la bipartition est réductrice, quil y a plein de nuances, etc. C’est vrai, évidemment, et j’en sais quelque chose. Mais ce que nous sommes, nous le sommes complètement : corps et âme. La meilleure preuve étant que ceux chez qui les deux divergent sont profondément malheureux et sont prêts à changer.

  3. 3 février 2021
    Reply

    Ah oui, je comprends mieux ton propos.
    J’ai sans doute surréagi à ta phrase : je me sens homme, masculin…
    Ce sont des phrases qui, si on ne définit pas les mots, finissent par enfermer dans des modèles, et ce n’était sûrement pas ton but.
    Bisous Aldor
    •.¸¸.•`•.¸¸☆

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