Texture

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Dans La source vive (The Fountainhead), Ayn Rand dresse le portrait et fait l’apologie d’un architecte brillant qui conçoit et construit des bâtiments audacieux et intransigeants faits de grandes masses et de lignes droites.

Elle raille, symétriquement, les architectes moins novateurs qui bariolent leurs constructions de colonnes, frises et autres fanfreluches.

Howard Roark, le héros, est un personnage épique : il est beau, sûr de lui, digne, intransigeant ; il en va de même de celle qu’il aime et ce couple sublime fait penser aux statues héroïques des arts nazi et stalinien : des dieux à la mâchoire carrée et aux muscles tendus, descendus parmi nous pour y incarner l’élan vital.

Tout en lignes et en force, son architecture est à son image : de grands pans, de larges surfaces, une géométrie déployant dans l’espace la grandeur de l’homme.

Et pas de texture. Du lisse fait d’acier ou de verre car la geste est dans la masse et non dans le détail, dans la ligne et non dans le grain.

Il y a, dans ce dédain de la texture, qui pourtant crée l’intimité, le contact, la proximité, une recherche éperdue et tragique de la pureté. Ne rien mêler, ne jamais faiblir, rester virginal comme Hérodiade ou Antigone, refuser les compromis à la Créon, ne jamais céder à la tentation de l’humain, en oubliant que si humain signifie parfois trop humain et ses compromissions, il signifie aussi, et de façon probablement indissociable, accessible à la pitié, à la tendresse, à l’amour, à ce retournement des choses que permet l’acceptation de ses faiblesses.

Décidément, à Simone Weil, je préfère Etty Hillesum.

La photo a été prise au MUCEM, à Marseille, bâtiment qui si joliment joue des textures et des lumières.

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