Glorifier les défauts, villipender les qualités

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Il est triste qu’au nom du combat juste et légitime pour l’égalité entre hommes et femmes, on en vienne à dénigrer des qualités éminentes et essentielles, au prétexte qu’elles sont ordinairement prêtées aux femmes ; et que, symétriquement, soient valorisés ou glorifiés, parce que plus souvent attribués aux hommes, des comportements intrinsèquement désagréables.

Même pratiquées par des femmes, la gentillesse, la douceur, la pudeur, la discrétion ne sont pas des défauts. Que ces comportements soient, pour une part, liés à une éducation demandant aux femmes d’être plus réservées que les hommes, c’est bien possible, mais réduire cette attitude à un manque, à un défaut, à une crainte, sans sembler imaginer que ce puisse être l’effet d’un choix volontaire, assumé et positif, c’est tout de même un comble et l’indice d’une certaine perversion des valeurs !

Le début de la pandémie avait été l’occasion de souligner le rôle essentiel que jouait, dans les sociétés humaines, le care, tous ces métiers, comportements, attitudes, façons d’être, ayant trait au soin, à la douceur, à l’attention, à l’écoute, à la patience ; toutes ces beautés visitées et analysées par Anne Dufourmantelle ou Cynthia Fleury.

Ces qualités essentielles, qui rendent le monde moins brutal et plus doux, plus humain, ne sont certes pas l’apanage des femmes ; il y a des Francois Cheng et des Rainer Maria Rilke ; mais pour diverses raisons : culturelles, de tradition, d’éducation, elles se retrouvent plus souvent chez les femmes que chez les hommes. Y a-t-il aussi à cela des raisons plus profondes, ancrées dans la biologie et la féminité ? Je le pense personnellement mais ça n’a, à vrai dire, aucune espèce d’importance. L’important est qu’il s’agisse de qualités et que les considérer, même implicitement, comme des défauts au motif que la concurrence avec les mâles agressifs en serait gênée est un épouvantable contresens, une terrible défaite.

Et oui : j’aime la douceur et la féminité des paysages couverts de neige.

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5 Comments

  1. 16 décembre 2021
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    C’est éminemment culturel de prêter aux femmes la douceur, la gentillesse et autres fadaises. C’est de la même eau que “un homme ça ne pleure pas”. Des mantras qu’on a bourré dans le crâne des générations successives depuis des lustres. Et qui nient à tous le droit de ne pas se reconnaître dans ces portraits très schématiques.
    Mais il n’y a rien de naturel ni de biologique là-dedans. Juste du bourrage de crâne, du formatage.
    C’est quand même bien pratique de dire aux femmes qu’elles doivent être douces et réservées, qui dit douceur, discrétion, dit forcément plus facile à soumettre.
    Alors, non, c’est vrai, je suis d’accord, ce ne sont pas des défauts. A condition qu’ils soient “pratiqués” par tous. Et qu’ils puissent cohabiter avec la détermination, la force mentale, le courage, ( qualités prêtées aux hommes par le même schisme culturel) à l’intérieur de chaque être. Et ce, sans distinction de sexe.
    On avance, mais le chemin est encore long…
    •.¸¸.•`•.¸¸☆

    • 16 décembre 2021
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      Ah Célestine !

      Qu’il soit culturel de prêter certains comportements aux femmes en général ou aux hommes en général (et j’insiste sur le « en général »), c’est évident.

      Il me semble tout aussi évident qu’il existe des différences culturelles (je veux dire : forgées par l’éducation, la tradition, la culture) entre les deux sexes : pas le même habillement, des éducations souvent différentes, des goûts souvent différents. Que l’attribution de ces goûts et comportements à tel ou tel sexe soit affaire de culture et de tradition, oui. Que l’existence d’une telle différence soit forcément seulement affaire de culture, c’est là que je ne suis pas d’accord avec toi.

      Il y a foison d’espèces animales dans lesquelles mâles et femelles ont des comportements différents, indépendamment de toute culture. Pourquoi pas chez les humains ? D’autant plus que ceux-ci ont forgé, au long des millénaires, une culture très largement fondée sur cette différenciation des sexes, devenue la différence entre hommes et femmes.

      Pourquoi cette différenciation que tu reconnais aux moutons, aux gorilles ou aux lions n’existerait-elle pas chez les humains, alors que 95% de leur culture est une broderie de cette différenciation ?

    • 21 décembre 2021
      Reply

      Deuxième réponse, Célestine : merci de ton commentaire qui me force à aller plus loin. J’en reparlerai.

  2. […] me suis fait vertement rabrouer par Célestine pour avoir dit, il y a quelques jours, ici même, qu’il y avait des différences, autres que purement physiques, entre hommes et femmes et que, […]

  3. 25 décembre 2021
    Reply

    Je t’ai « rabroué » avec beaucoup de respect et de tendresse, et je suis ravie de ta réponse que je commenteerai dès que j’aurai un peu de temps devant moi.
    Joyeuses fêtes cher Aldor

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