Un lâche soulagement

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En ce surlendemain de premier tour de l’élection présidentielle, comment ne pas dire mon étonnant, mon paradoxal soulagement ? Je craignais de devoir faire un choix difficile, aux allures de dilemme, entre deux candidats ayant chacun leurs qualités mais aussi leurs défauts ; je suis heureux d’en être dispensé au profit d’un choix facile dans lequel un candidat s’impose, l’autre étant exclu.

Il est bizarre de se réjouir d’une réduction de sa marge de manœuvre, de ce qui pourrait apparaître comme une restriction de sa liberté. Après tout, si le premier tour avait porté au second deux candidats acceptables à mes yeux plutôt qu’un seul, mon vote de ce second tour aurait eu une plus grande signification, aurait été porteur d’une plus grande responsabilité que celles, un peu limitées, qu’il aura. Mais justement, c’est là ce qui me plaît. J’aurais, cette année, éprouvé quelques scrupules à faire élire positivement quelque candidat que ce soit à l’Élysée alors qu’en élire un par défaut ne me cause aucune peine et que je le ferai même avec enthousiasme car des valeurs auxquelles je crois sont en jeu.

Le paradoxe disparaît quand on envisage les choses dans une durée un peu plus longue : après la présidentielle viendront les législatives, et l’appréhension presque inhibante que j’aurais éprouvée à prendre la responsabilité de porter tel ou tel à la tête du pays disparaîtra s’agissant d’élire une ou un député parmi des centaines : les vaches étant bien gardées rue du Faubourg Saint-Honoré, l’éventail des choix s’ouvre : il arrive parfois qu’effectivement, on recule pour mieux sauter.

On ne le sait pas toujours : c’est Léon Blum qui a parlé de lâche soulagement à propos des accords de Munich qui, en 1938, ont donné une apparence de validation internationale au dépeçage de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne nazie. Léon Blum disait, à propos de ces accords, qu’il était partagé entre la honte et le lâche soulagement ; mais on oublie parfois qu’il vota pour leur ratification. Lorsqu’il parlait de lâche soulagement, ça n’était donc pas (comme paraissent souvent le croire ceux qui citent aujourd’hui ces mots) une critique un peu facile contre la pusillanimité de certains mais l’aveu d’un état psychologique honteux mais assumé.

J’éprouve un lâche soulagement à être placé, pour le second tour, devant un choix très simple et à ne pas devoir, le 24 avril, peser à n’en pas finir le pour et le contre. Et moi aussi j’assume. Parce que l’histoire ne se termine pas là et que le choix quasi-imposé du second tour ouvre en fait grand les portes de l’avenir.

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