Machines et êtres à prédire

Eh oui ! Produit par un LLM.

Ce qui est très surprenant et vexant, avec les LLM et autres IA, c’est que leur production (leur création ?) de sens et de beauté, qui fait tellement penser à celle des êtres humains, résulte non pas d’un processus intellectuel d’introspection et de réflexion, d’imagination et de rêverie, mais d’un enchaînement statistique : faire se succéder les mots, les pixels, les sons, les tokens, de la manière la plus probable étant donné le contexte.

Cette approche probabiliste, dont on pourrait penser (dont on pense intuitivement) qu’elle ne peut déboucher que sur de pures platitudes et banalités, un salmigondis d’idées toutes faites et de représentations sans relief, arrive paradoxalement à produire parfois (et même souvent, pour être objectif) du beau et de la pertinence, des choses qui font sens et qui sont vraies et qui, créées ou produites, sont nouvelles.

Et de cela, nous sommes profondément et terriblement blessés.

Et pourtant, il n’y a peut-être pas tant lieu de l’être que cela. Car le fonctionnement des LLM, ce fonctionnement statistique et prédictif, n’est pas forcément si radicalement différent du nôtre.

Ce que certaines théories cognitives nous disent aujourd’hui, c’est que les êtres humains (mais peut-être aussi les autres animaux) sont fondamentalement des êtres qui passent leur temps à prédire la réalité qui les entoure, le futur immédiat qui les attend ; et que c’est dans cette prévision à chaque instant réactualisée, qu’ils vivent véritablement, le monde réel n’étant quant à lui perçu et pris en considération que lorsque la prévision s’avère fausse (Zut ! Il y a une marche cassée.). Nous agissons ainsi parce que, comme le savent les militaires qui passent leurs journées à faire tourner des scénarios de conflits sur leurs super-ordinateurs), il est énergétiquement beaucoup plus efficace de vivre et d’agir sur la base d’un scénario déjà écrit et intégré que de prêter à chaque instant une attention véritable au flux des choses et des événements. Nous vivons donc dans une reconstruction mentale du monde ; et c’est notamment pour cela que nous avons tant de mal à percevoir la réalité et à nous y adapter quand elle ne correspond pas à l’idée que nous nous en étions faite, et qui est notre véritable point de référence.

Or si ces théories sont vraies (et il y a probablement en elles au moins une part de vérité), notre façon d’être au monde n’est pas radicalement différente du rapport que les intelligences artificielles entretiennent avec le monde des mots, des images et de la musique. Ce sont des systèmes prédictifs, qui mettent à profit la connaissance accumulée, dans un cas par l’expérience (y compris héréditaire), et dans l’autre par des bases de données ; à ceci prêt, qui est fondamental, que les êtres vivants ont la réalité sensible pour actualiser parfois leurs constructions et éviter de trop grandes hallucinations quand les LLM n’ont que leur apprentissage et leur entraînement préalable, ce qui les prive de la boucle de rétroaction qui permet aux êtres vivants d’apprendre (éventuellement) de leurs erreurs.

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