Nommer les choses

Written by Aldor

 

On est toujours hésitant et déchiré entre le désir de nommer les choses, les sentiments, les impressions, ce qui permet de mieux les cerner et de les approfondir, et l’intuition de ce que , en les nommant, on perd une grande partie, peut-être la plus grande partie, de leur essence et de leur vérité.

C’est un peu comme l’expérience du chat de Schrödinger : on ne peut à la fois bien connaître les choses et les connaître dans toute leur étendue.

Tel est l’objet de cet enregistrement matinal qu’on peut d’ores et déjà écouter mais dont j’écrirai plus tard le commentaire.

Comments: 22

  1. il faudrait pouvoir nommer avec des mots assez précis pour que ça vaille la peine et assez flous pour qu’ils recouvrent une réalité mouvante. Ou alors ne pas craindre de se tromper 🙂
    merci pour ces six minutes !

    • Exactement! Et parfois, nommer les choses les figent tant, les rendant à la fois bien réelles mais un peu déformées par rapport ce qu’on en ressent qu’on se demande s’il n’est pas préférable de se taire. Quoiqu’il en soit,dire est un acte, une décision… parler, c’est autre chose!

      • Aldor says:

        Les mots figent terriblement, Clémentine, d’autant plus qu’on s’y accroche ensuite comme à une bouée de sauvetage. Mais le silence est tellement angoissant…

        On est vraiment entre deux eaux, dérivant d’un côté et d’une préférence à l’autre…

        • oh oui. Et à l’intérieur d’un couple, cela me semble plus vrai que jamais. On dit qu’il faut dire, tout dire, communiquer. Parfois oui, mais parfois aussi, ne pas dire permet d’éviter à quelque chose de s’ancrer, de demeurer. Je ne sais comment dire. Bref, c’est question est en moi depuis longtemps. C’est intéressant et agréable de t’entendre l’exposer comme cela, si finement.

          • Aldor says:

            Merci, Clémentine.

            Il n’y a pas de règle qui s’imposeraient en toutes circonstances. Et cela vaut notamment dans les couples où les mots, comme tu le dis si bien, font souvent office d’ancres dna se grand flux de l’existence. Et on s’y rattache comme à une bouée fixe. Mais il est si dur d’accepter d’être entraîné on ne sait où par le courant qui passe !

    • Aldor says:

      Oh! Il faudrait tout ça ensemble, et surtout ne pas craindre de se tromper.

      Mais peut-on vivre si l’on craint de se tromper ?

  2. Eternel dilemme, qui nous place devant ce postulat incontournable : il y a toujours du mensonge dans le langage, dans la forme comme dans le fond. Mais peut-être est-ce justement cette tension (entre autres moteurs), ce qu’on ne pourra jamais dire qui nous pousse à écrire ? 🙂

    • Heureusement que le langage permet le mensonge (ou le laisse filtrer) à chaque phrase toute la vérité rien que la vérité, ça serait très inconfortables, et que feraient les hésitants ? (sans parler des politiciens qui perdraient leur outil de travail)
      Blague à part, j’écris en tâtonnant, pas tant pour cerner la vérité (ça serait un peu trop orgueilleux) que pour voir ce que les mots ont à dire une fois assemblés comme-ci ou comme-ça. Mais je crois que chacun fait comme il peut.

      • Ce que vous dites sur la transparence impossible me semble très juste, et je vois une réponse possible à cela dans le fait d’abandonner l’exactitude de la vérité pour passer à la dimension de la sincérité. C’est en tous cas ce que je recherche dans l’écriture. J’aime bien votre idée de regarder un peu à distance nos assemblages, aussi 🙂

        • merci. oui, la sincérité parait plus attrapable, quoique.., ce serait un autre débat. 🙂

        • Aldor says:

          La sincérité. Oui, c’est un objectif. Mais la vérité est vaguement objective alors que la sincérité est toute subjective, infalsifiable pour reprendre le mode d’analyse de Karl Popper.

          Ou bien, car c’est vrai, dire que la sincérité est la seule vérité qu’il nous soit donné d’atteindre, la seule que nous puissions maîtriser.

          • La vérité peut-elle être objective ? Vaste débat… 🙂

      • Aldor says:

        Je suis d’accord avec toi. Rien de plus terrible, de plus totalitaire, de plus violent qu’un langage qui ne pourrait être que de vérité.

        Et tu as raison aussi de dire qu’on trouve parfois le vrai sens dans l’enchevêtrement hétéroclite des mots. Car des mots eux-mêmes, parfois, sort la vérité, qu’on n’avait pas su nous-mêmes y déceler.

    • Aldor says:

      Bonjour, Esther.

      Mensonge, je ne sais pas. Erreur, fausseté, imprécision, abus. Oui, sûrement. Et oui, c’est certainement ça aussi qui nous pousse à tant parler et à essayer de rendre dans la précision et l’acuité de l’écrit ce que la rondeur des mots parlés est incapable de dire.

      • Fausseté, c’est ça, oui. Bien plus précis que mensonge en l’occurrence, et surtout plus juste : contrairement au mensonge, il n’y a alors pas d’intention de duper. Seulement un décalage inhérent à la faculté de nommer les choses, ou du moins ce que l’on a à dire. C’est ce que je voulais exprimer, mais votre proposition le fait mieux que je n’ai su le dire 🙂 Merci.

  3. Très intéressante réflexion. J’aurais tendance à plaider pour l’approfondissement, le aller au fond. Pour beaucoup de raisons et notamment pour la justesse, quelque chose comme la vérité, la lumière. Ne pas nommer est parfois (je pense à l’histoire) une manière de mentir, une autre manière de mentir. Mais je pense aussi que, nous le voyons en ce moment, la volonté de tout définir à l’avance tend à bloquer la vie, à empêcher l’ajustement humain. Mais, comme rien n’est simple, je pense en disant cela aux procédures qui nous entourent depuis que le net nous domine, c’est aussi par des mots mal choisis que nous sommes égarés…

    • Aldor says:

      Bonjour, Aline. Je suis d’accord avec vous et suis vraiment divisé. Dire permet de dire et donc aussi de recevoir rectification si l’on s’est trompé. En disant on s’engage et on peut se faire corriger. Le contraire n’est pas vrai. Mais dire est aussi s’enfermer.

      C’est un dilemme.

  4. charef says:

    A mon avis il faut avoir les deux. Il n’y a pas de plus figées que les lois et pourtant la justice accorde dès circonstances atténuantes.

    • Aldor says:

      Oui, Charef. Les deux. Parfois l’un et parfois l’autre. C’est cela.

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