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Ambiguïté des choses


 

Une blogueuse, observant qu’être gentil semblait parfois nous rendre plus fort et parfois au contraire plus faible, se demandait hier si la gentillesse était une force ou une faiblesse.

La question est probablement mal posée. Ce n’est pas dans les catégories du fort et du faible que se déploie la gentillesse, et ça n’est donc pas à cette aune qu’il faut l’évaluer. Même si la gentillesse donne parfois une grande force, celle-ci n’est pas son objectif et c’est la dévoyer que de l’utiliser à cette fin. C’est d’ailleurs pour cela que, au regard de la force, la gentillesse est tellement ambiguë, tellement imprédictible et tellement incompréhensible : parfois elle donne ceci, parfois elle donne cela, ceci et cela pouvant être aux antipodes l’un de l’autre.

Je me disais ce matin que cette incertitude, cette ambiguïté, ce caractère instable et imprédictible, vibrant, de la gentillesse, était peut-être un signal, un indice, du mauvais angle sous lequel nous l’abordions, et qu’il y avait peut-être quelque chose à tirer de cela.

Je me souviens à cet égard de passages lus dans des livres d’Arnaud Desjardins, de conversations avec Katia, de fulgurations brillantes mais brèves, autant de souvenirs et d’expériences m’ayant donné à penser qu’il suffit parfois de changer de point de vue pour comprendre des choses jusqu’alors restées secrètes ; et la pensée me venait ce matin que, inversement, un comportement incompréhensible ou instable pouvait peut-être marquer l’inadaptation de notre point de vue, la défaillance de l’approche choisie.

Me rappelant le pendule dont je parlais l’autre jour, je songeais que, pour un observateur qui ne serait capable de percevoir les choses que dans une seule dimension, la ligne, le mouvement du pendule, qui se réduirait à une succession d’apparitions et de disparitions d’une boule dans l’espace, serait magique. Il faut, pour comprendre le mouvement du pendule – comprendre en particulier le fait qu’il se déplace parfois dans un sens et parfois dans l’autre -, le considérer dans au moins deux dimensions, qui sont celles de son plan d’oscillation. Et si l’on veut comprendre aussi le mouvement du pendule dans le laps de temps plus long qui est celui dans lequel ce plan d’oscillation tourne en réaction à la rotation de la terre (ou par immobilité, au contraire, par rapport au centre de l’univers), il faut avoir une compréhension plus englobante encore, et percevoir les mouvements du pendule dans les trois dimensions de l’espace : hauteur, largeur, profondeur.

Et de même que le caractère incompréhensible et magique des mouvements du pendule pour un observateur unidimensionnel ne fait que marquer l’inadaptation de son point de vue, peut être le caractère incompréhensible et imprévisible des choses les plus importantes ne fait-il que marquer l’insuffisance, la non-pertinence de notre façon de l’aborder. A l’aune de la force et de la faiblesse, la gentillesse est un pur ovni ; elle ne prend sens qu’à condition de changer complètement d’optique, de repère, de dimension. Et l’incompréhension dans laquelle elle nous plongeait n’est en fait que le signal de la nécessité de ce changement de repères.

Et peut-être est-ce toujours de cette façon que l’imprévisibilité des choses les plus imprévisibles doit être perçue. Comme un appel à chercher autrement cette chose que nous cherchons. Une invitation à opérer un changement d’axe, un basculement.

3 réflexions au sujet de « Ambiguïté des choses »

  1. J’aime beaucoup cet article! Et parfois, j’aime voir les choses sans Tout comprendre car cela leur confère, comme tu le dis, une dimension magique qui m’enchante et pour laquelle je me compromets volontiers à force d’ignorance.
    En ce qui concerne la gentillesse, quand elle est sincère, elle ne me paraît rendre ni fort, ni faible. Elle est, c’est tout, en cela est sa lumière, son rayonnement heureux.

    1. Bonsoir, Clémentine. Elle ne rend ni fort ni faible en soi mais elle désarme, souvent. Et en cela, elle est comme révolutionnaire car nul ne sait très bien quoi faire avec elle. Mais la lumière est une bonne analogie : elle montre les choses.

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