En appuyant sur la touche “Enter”

Written by Aldor

 

Quand on appuie sur la touche “Enter”, quand on jette une lettre dans la boîte, quand on déclare : “Je t’aime” à la personne qu’on aime, on fait advenir à la réalité et au monde quelque chose qui n’était jusqu’alors qu’une potentialité secrètement enfouie en nous. Et simultanément, on précipite dans le néant toutes ces virtualités, tous ces mondes parallèles qui auraient pu devenir réels, qui auraient pu devenir le monde si notre action, nos mots, nos gestes, avaient été différents de ceux que nous avons finalement choisis. En agissant comme nous le faisons, de cette façon singulière qui a été la nôtre, au travers de laquelle nous avons exercé notre liberté, nous donnons naissance à un monde et en abolissons d’autres, façonnant de l’irréversibilité et participant ainsi à la création continue du monde – car jamais le monde ne sera après comme il l’était avant.

Ce qui a été fait, ce qui a été prononcé, ce qui a été commis, ni rien ni personne ne pourra jamais faire en sorte qu’il n’ait pas été. La lettre est maintenant dans la boîte jaune, irrécupérable, le message électronique est parti et se répand déjà aux quatre coins du monde, et les paroles d’amour que j’avais gardées en moi sont désormais prononcées, m’engageant comme nul silence gardé n’aurait pu jamais le faire. Ce qui est fait est fait ; les dès en sont jetés; plus jamais demain ne pourra être comme aujourd’hui.

A chaque instant de notre vie, par chacun de nos mots, chacune de nos actions, nous créons le monde et le recréons. Nous produisons de l’irréversible qui s’accumule en larges couches, et qui fait que le temps s’écoule.

Tel est l’objet de cette improvisation.

Comments: 15

  1. J’aime beaucoup cette improvisation et sa conclusion. Tant de fois j’ai regretté d’avoir parlé, ou écrit quelque chose qui n’avait pas bien été mesuré. Tant de fois j’ai regretté de ne pas avoir dit. Aujourd’hui, la conscience de la capacité créatrice de la parole fait que j’essaye de lui accorder l’attention nécessaire. C’est un chemin qui est plein de d’embuches mais cela est passionnant! Merci pour cette belle piqûre de rappel! Et bonne année, Aldor!

    • Aldor says:

      Bonsoir, Clémentine,

      La parole est stressante parce qu’elle ne se reprend jamais : ce qui a été dit a été dit. Mais l’irréversibkle a également du bon. Avec quelqu’un de bonne volonté, ce qui a été dit ne se reprend pas mais peut se corriger, s’affiner au fil des échanges et on peut finalement arriver à une formulation peut-être plus juste parc euq travaillée dans un effort commun….

    • Aldor says:

      Et bonne année à toi, Clémentine !

  2. bonjour, j’ai lu quelque part qu’on pouvait rattraper un mail envoyé trop vite ou par erreur tout le temps que le destinataire ne l’avait pas ouvert mais j’ai oublié la manoeuvre à faire.

    • Aldor says:

      Oh ! Mais c’est bien, au contraire, que dans ce monde plein de virtuel, demeurent des actes irréversibles…

    • Aldor says:

      Ça serait de la magie…

  3. La boîte jaune, comme le petit pan de mur de la même couleur. Le temps du passé révolu.

    • Aldor says:

      Une sorte de passé antérieur.

  4. Ce qui est fait est fait; ce qui est dit est dit… Il ne sert à rien de regretter

    • Aldor says:

      Absolument. il faut dépasser.

  5. Tellement vrai… voilà pourquoi il faut tourner sa touche “enter” 7 fois avant d’y appuyer dessus. 😉. Bel après-midi.

    • Aldor says:

      Ahaha !

      D’un autre côté, quand on regarde trop, on finit par ne plus voir…

  6. Et moi je suis venue appuyer sur la touche entrée de ton blog, pour te dire que tu me manquais. 😉
    ¸¸.•*¨*• ☆

    • Aldor says:

      Mais je ne t’oublie pas, Célestine…

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