La fée électricité

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Revenant du bureau, ce soir, j’ai rencontré la fée électricité qui se montrait dans les rues de la ville, et qui m’a accompagné tout au long du chemin.

La journée avait été mi-pluvieuse et mi-neigeuse, humide. En fin d’après-midi, tout était devenu sombre et triste, bleu et froid, sinistre. Puis la nuit tomba, et les réverbères, les lampadaires, les boutiques, les cafés, les appartements, les bureaux, les illuminations de Noël, les feux tricolores – tout s’alluma et sous ces mille lumières, la ville devint joyeuse et accueillante.

Je sais que cela est une débauche d’énergie, et qu’il en faut, de l’uranium, et du vent, et des fleuves, pour que ces lumières soient. Mais cette débauche là, qui permet que la lumière jaillisse dans la nuit, et que la ville, engloutie dans le noir et le froid, devienne refuge et revête un air de gaieté, cette débauche là me paraît valoir la peine. Et l’énergie ainsi dépensée me paraît bien mieux utilisée que lorsque elle fabrique tant de choses dont nous ne savons que faire !

Dans son tableau, Raoul Dufy a dépeint l’électricité comme un être bleu. Un être susceptible de prendre plusieurs couleurs mais dont la fréquence principale, la longueur d’onde primaire est bleue, couleur de l’étincelle. Quelle étrange conception ! La fée que j’ai rencontrée ce soir et que je rencontre chaque nuit d’hiver, la fée que les équipes d’Électriciens sans frontières accompagnent jusqu’aux camps de réfugiés et jusqu’aux zones dévastées, n’est pas la fée froide et bleue gardienne de l’éclair et de la force électrique – même si de cela aussi elle est capable ; elle est d’abord la fée rouge, orange ou jaune, chaude, accueillante, réconfortante, qui écarte les ténèbres, disperse les ombres et permet aux hommes et aux femmes de garder courage dans la nuit.

La fée électricité, c’est la flamme de la Petite fille aux allumettes.

 

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6 Comments

  1. 21 novembre 2018
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    Il me semble que tu es de plus en plus souvent dans l’émerveillement Aldor, et c’est bien agréable je trouve. Merci !

    • 23 novembre 2018
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      C’est vrai Catherine. Peut-être est-ce que je progresse. Peut-être est-ce seulement une phase.

      Je préférerais que ce soit la marque d’une progression, que petit à petit j’apprenne à mieux apprécier les choses.

  2. 21 novembre 2018
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    oui elle est chaude et réconfortante cette lumière qui me ramène à la joie du feu rougeoyant dans l’âtre (j’avais écrit ‘être’ 😉 )….joie primaire, primale des premiers feux pour l’Homme……

    • 23 novembre 2018
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      Être pour âtre, c’est un très joli lapsus, Maly. Oui, la joie du feu, la joie de l’éclairage du feu, la joie du foyer, qui est la même chose.

  3. […] dont nous sommes parfois blasés mais qui, là où elle manque, fait son apparition comme une fée.Je me disais aussi, écoutant les propos des responsables de l’association et ceux de celles et […]

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