Quand les moutons broutent, ils font du bruit

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Quand les moutons broutent, ils font du bruit. On entend distinctement le bruit de l’herbe arrachée par les dents et celui, plus doux, de la mastication.

Mais il faut, pour entendre ce bruit, être dans le silence.

Or les moyens mécaniques de transport sont bruyants. Les occupants d’une voiture qui passe à proximité de moutons ne les entendent pas brouter, pas plus qu’ils n’entendent le cricri des grillons ou le chant des oiseaux. Pas plus qu’ils ne sentent le parfum du blé, l’odeur de menthe ou celle de l’herbe qui parfois flotte dans les campagnes. Et pas plus, en fait, qu’ils ne voient vraiment toutes ces petites choses qui font la beauté du monde : les fleurs multicolores qui dansent sous la brise,  les vagues que dessine le vent, les cils blonds de la vache : les moyens mécaniques de transport nous coupent du monde et ne nous en laissent entrevoir que les plus grandes masses, les choses les plus visibles, les plus grossières ; le reste disparaît.

A cela s’ajoute la vitesse. La vitesse oriente notre attention vers l’objectif, vers la destination, et fait du chemin un obstacle, a minima une perte de temps, quelque chose d’inutile.  La vitesse fait du monde un espace discret où seuls existent véritablement les lieux de départ et de destination, le reste s’effaçant.

La promenade, la balade, la randonnée sont filles du mouvement contraire : cheminer non pas seulement pour aller quelque part mais pour le plaisir du chemin, de la route, de la voie.

Non pas aller mais avancer.


 

3 réflexions au sujet de « Quand les moutons broutent, ils font du bruit »

  1. Heureusement, le bruit des machines masque le chant de la nature, le frottement du vent sur l’herbe et le bois, les cris et les stridences des insectes et des oiseaux et le terrible bruit du mouton qui arrache l’herbe et la mâche. S’il ne le masquait pas, nous nous rendrions trop vite compte de la vacuité de nos petits bruits humains.
    je plaisante à peine : je suis toujours ébahi par le vacarme d’un champs ou d’un bosquet (et si coule une rivière, alors !!). Le silence n’existe que dans nos pièces meublées …et nos caveaux.

  2. emotionsdefemme – Narbonne - France – J'ai eu un parcours professionnel atypique. Architecte urbaniste, restauratrice puis cadre commerciale, j'ai été frappée par une maladie neurologique fin 2013 qui m'empèche de dormir. J'ai profité de ces nuits blanches pour recommencer à dessiner et à écrire des poèmes qui traduisent mes « Emotions de femme. »
    emotionsdefemme dit :

    Très juste, Merci et bravo Aldor

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