Volonté politique

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“C’est une question de volonté politique !” – Combien de fois ai-je entendu cette expression, dans mon enfance, et encore ce matin, sur France Culture, à propos de la faim dans le monde.

Elle est étrange, tout de même, cette expression, utilisée seulement pour les problèmes hypercompliqués qui traînent depuis des années, des décennies, des siècles, et qu’on emploie pour signifier que, derrière ces prétendus problèmes, poudre jetée aux yeux des naïfs, il n’y aurait en fait qu’une absence de courage, un manque de volonté des puissants : la faim dans le monde ? – Bah ! C’est une question de volonté politique ! On voudrait vraiment y mettre fin, ça serait évidemment fait en deux coups de cuillère à pot, car ici comme ailleurs, la sagesse populaire le clame, “Quand on veut, on peut.”

Il y a dans cette conception du monde et de l’histoire un avatar de cette croyance, qu’on a tous en tête mais qui n’en est pas moins infantile, à la toute puissance du politique et aux pouvoirs magiques du pouvoir. Il suffirait de gouverner pour que tous les problèmes s’apaisent, pour que les contradictions multiples dont sont tissées nos sociétés disparaissent, pour que les rigidités s’affaissent et les nœuds s’évanouissent.

Je ne parle pas de nœud au hasard. Derrière cette histoire de volonté politique, il y a une sorte de nostalgie du geste d’Alexandre qui, sommé de résoudre un problème irrésoluble, choisit de trancher le noeud gordien. Il y a, au fond, l’idée que le rôle du politique, c’est de s’affranchir des règles pour avancer.

La volonté politique, c’est ça : une sorte de coup d’État permanent qui se fiche des règles, des traditions, des bienséances, des lois comme de sa première chemise parce que l’amoncellement de toutes ces règles et façons de faire finit par imposer l’immobilisme, par tout engourdir dans une mélasse qui rend tout impossible.

Et aussi convaincus soyons nous de la vertu des processus démocratiques et partagés, nous ressentons parfois au fond de nous, et à juste titre, des impatiences, des élans rimbaldiens vers la liberté, la sauvagerie, l’action débarrassée de tout ce qui peut l’entraver.

C’est cela que, par euphémisme, nous appelons la volonté politique.

“S’en aller, s’en aller, parole de vivant !”, dit Saint-John Perse.

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