“Si je mourais, est-ce que ça te ferait beaucoup de peine ?”

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Dis, mon loup chéri, si je mourais, est-ce que ça te ferait beaucoup de peine ?” demande Nana à Georges, dans le roman d’Emile Zola.

Cette question, combien de fois me la suis-je posée, lorsque j’étais enfant et que j’avais un doute sur l’amour qu’on me portait ! C’étaient de longues rêveries, qui duraient des heures peut-être, durant lesquelles je me projetais après ma mort imaginaire, essayant de deviner les émotions qu’elle provoquerait autour de moi. Je n’étais sûr de rien, de moi moins que de tout autre chose, et j’entendais mesurer l’amour qu’on me portait, dont j’avais tant de mal à appréhender l’éclat, à l’ombre de souffrance que mon absence, pensais-je, provoquerait.

Quelle étrange façon de faire ! C’est tout de même très singulier, c’est tout de même très infantile, dirait justement Katia ; c’est tellement pervers, aurais-je tendance à ajouter (mais peut-être infantile et pervers sont-ils parfois synonymes) cette façon de se projeter dans le malheur pour appréhender un bonheur que nous n’arrivons pas à saisir dans sa simplicité et sa nudité !

Il y a dans ce procédé quelque chose de terriblement triste : comme si nous n’arrivions à juger des sentiments que les autres ont pour nous qu’au travers du pouvoir que nous avons sur eux, dans une course infinie, destructrice et vaine : si je mourais, aurais-tu de la peine ?

J’ai, depuis longtemps, quitté l’enfance ; depuis longtemps laissé derrière moi l’âge de la jeune Nana ; je ne suis cependant pas certain d’avoir entièrement surmonté ni cette tendance à juger l’amour au désastre de son absence, ni cette sensibilité asymétrique qui nous fait beaucoup plus ressentir le regret de ce qu’on a perdu que le plaisir de ce que l’on possède, qui nous fait plus vibrer aux graves de la nostalgie qu’aux aigus de la joie.

Et je pense n’être pas seul dans ce cas.

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Un commentaire

  1. 19 novembre 2021
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    Bonjour Aldor, C’est trés beau, gentiment pervers peut-être. D’expérience (elle commence :)), le chagrin des départs n’est pas une trés juste mesure de l’amour. Pas que celà en tous cas, la peine contient aussi des regrets, des manquements sans espoir de rappel. Certes, il y a ce bruit du bonheur désomais reconnu quand il s’en va mais aussi ce presque bonheur qui n’a jamais trouvé sa place et dont la musique de fin est assez desespérante. Enfin, il me semble. bien à toi. Valérie

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