Assomption

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On peut faire des choix, y compris de rupture, et puis en revenir parce qu’on a changé. C’est normal et c’est très bien.

On peut faire des choix, y compris de rupture, décider d’explorer d’autres horizons, en revenir et cependant être content et fier d’avoir fait ce voyage qui nous a fait grandir. Ici encore c’est très bien et il n’y a rien à y redire.

Le comportement qui me gêne (mais j’ai du mal à définir précisément le motif de cette gêne) est celui consistant à faire des choix de rupture, des choix révolutionnaires, à se prévaloir du courage dont on a fait preuve en brûlant ainsi ses vaisseaux, et à revendiquer dans le même temps, à réclamer le confort, la sécurité et la tranquillité de ceux qui n’ont pas pris de risques : le fils prodigue revient chez son père ; il espérait faire fortune mais y a échoué ; et il ne se contente pas d’être content de son voyage ; il va partout clamant son courage et dans le même temps revendique l’héritage, oubliant que la possibilité de faire fortune en partant avait pour contrepartie la possibilité de tout perdre. Il se gargarise des risques pris mais se démène pour que, de risques, il n’y en ait pas.

On croise ce comportement dans le monde économique, avec ces entrepreneurs qui, jouant les fiers-à-bras, lancent des affaires offshore dans l’espoir de s’enrichir sans entraves et qui, quand la bise est venue, viennent exiger l’aide de cet Etat dont ils disaient pis que pendre. On le croise dans de nombreux autres domaines dans lesquels des personnes jouent les matamores et les héros, prétendent agir sans souci des règles et des normes, revendiquent une apparence ou une attitude provocante et demandent dans le même temps à la société de les accueillir avec bienveillance.

Dans ce dernier cas, c’est un sujet glissant, voire périlleux, car on a très vite fait, suivant le chemin que j’esquisse, de tomber dans le refus de toute nouveauté, de toute originalité, de tout ce qui sort des codes et des normes. On chute alors dans le conservatisme le plus étroit et le plus sinistre.

Mais si l’on essaye (et c’est chose certes difficile) d’éviter cet écueil, on perçoit que la question posée est celle de l’honnêteté, de la probité, de l’assomption. Quand on prend volontairement un risque, il n’y a aucune honte à se casser la figure, aucune honte à recevoir des soins, aucune honte même à les demander ; le déraillement commence quand la demande se mue en exigence, et plus précisément quand cette exigence est fondée sur la prise de risque elle-même, comme s’il était normal que les personnes prenant des risques soient assurées de ne jamais rien risquer.

C’est une histoire de beurre et de fermière, un refus de jouer le jeu, d’assumer les conséquences de ses actes, attitude qui est moralement très discutable et qui peut devenir franchement détestable quand, faisant fi de toute vergogne, elle revendique que soient mis au service des puissants, de personnes ou d’intérêts qui n’en n’ont nul besoin des instruments juridiques ou financiers qui avaient été conçus et n’ont de sens que pour protéger les faibles.

Une perversion insidieuse des choses, un détournement et un abus.


NB 1 : L’illustration est sans rapport avec le sujet, seulement avec le titre. Dans le christianisme, l’Assomption (ou Dormition) désigne la montée au ciel de Marie, à sa mort.

NB 2 : Pour une fois, l’écriture a ici précédé la voix et je n’ai fait qu’enregistrer ce que j’avais écrit. Ordinairement, écrire me permet de préciser et d’affiner ce que j’ai d’abord dit mais l’écart était ici trop grand.

NB 3 : Shame on me pour la liaison en “t” que je prononce dans le dernier paragraphe et qui n’a pas lieu d’être.

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