Blandine

Pas de Blandine sur cette photo plus ancienne encore que ma rencontre avec elle. C’était à Marseille, il y a longtemps.
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Suis-je le seul à qui cela arrive ? Je ne le pense pas. Mais voici du moins ce dont je puis témoigner : j’étais hier à vélo, au croisement de la rue de Rennes et de la rue du Vieux Colombier quand j’aperçois, venant vers moi, Blandine, mon amie Blandine, que je n’ai pas vue depuis longtemps.

J’esquisse un sourire et m’apprête à lui adresser la parole quand je réalise que quelque chose ne colle pas : la jeune fille qui est là, devant moi ne peut pas être mon amie Blandine, qui avait certes ce visage, mais il y a quarante ans ! C’est une autre, et non mon amie. Car la Blandine jeune fille que j’ai connue n’est plus ; elle est devenue une femme mûre, comme je suis devenu un homme mûr : pas tout à fait un autre mais plus tout à fait le même.

Cela m’arrive souvent. Et dans les deux sens. J’avais déjà raconté, ici, comment, sur une terrasse de Périgueux, je m’étais, sans le faire exprès, laissé porter par l’illusion d’être un jeune homme, objet de regards furtifs et intéressés. Et il m’arrive souvent, de la même façon qu’hier, de reconnaître des visages qui, depuis longtemps, ont disparu.

C’est très étrange, presque bouleversant, cette capacité que nous avons à oublier le temps qui passe, ou plutôt à vivre simultanément dans plusieurs temps qui se superposent, s’entremêlent, se croisent, faisant de nous des voyageurs.


Petite modification de l’après-midi : à la fin du deuxième alinéa, j’ai modifié le : “pas tout à fait un autre mais pas tout à fait le même.” en : “pas tout à fait un autre mais plus tout à fait le même.“. Je préfère.

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