Au milieu, l’infini

Femme au chapeau dans les plaines du Vexin
(Création hybride)

Est-ce pour cela aussi que nous aimons les diamants ? Je ne sais pas. Mais j’aime beaucoup (et crois qu’il est foncièrement humain d’aimer) les personnes ayant plusieurs facettes, des faux plafonds et des doubles fonds, des alcôves diverses, des facettes multiples ne présentant ni la même couleur ni le même éclat.

Je crains, quant à moi, d’être un peu monolithique, entier, ou du moins transparent et sans secret : un être dont on devine tout à peine a-t-il prononcé son premier mot ou esquissé son premier geste. On me voit venir, et de loin. Et c’est exactement le contraire qui m’attire : ces personnes dont on connaît une apparence et qu’on croit donc connaître mais qui, en d’autres circonstances, avec un autre public, ou dans une intimité plus étroite, se révèlent différentes, ou plus complexes, plus épaisses, plus riches de savoirs, de pratiques, d’expériences qu’on ne leur soupçonnait pas.

J’aime (et je crois qu’on aime) la polyvalence, les cordes multiples à l’arc, la largeur de l’éventail des capacités, des talents, des connaissances, des intérêts, des curiosités, des passions. Peut-être y a-t-il là une attirance instinctive vers la robustesse chère à Olivier Hamant, cette capacité à avoir plusieurs fers au feu, plusieurs paniers où mettre ses œufs, une faculté de s’adapter au malheur des temps, de résister, de résilier, de faire front et, d’une chose perdue, dix de retrouvées : ne pas sombrer corps et biens quand s’écroule ce à quoi on tenait.

Mais il n’y a pas que cela : il y a aussi le plaisir de la découverte, de la révélation, de la mise au jour et à la lumière. Le plaisir et la joie (peut-être un peu l’orgueil aussi) qu’on ressent à avoir su percer (ou à avoir été jugé digne de connaître) le mystère, à tout le moins la face cachée de cette personne. Il y a la surprise et le contentement qu’on éprouve, dans nombre de pays méditerranéens, à pénétrer dans des palais dont les dehors, comme ceux de la figue, ne disent rien du bijou scintillant qu’ils renferment, enserrent, protègent et laissent intouché.

Il y a un charme singulier à saisir, puis découvrir, puis explorer chaque jour d’avantage, la richesse, l’inépuisable richesse de celles et ceux que l’on côtoie et dont chacune et chacun constitue un labyrinthe, un monde infini dont on sait seulement qu’on n’aura jamais le temps de le connaître, de le connaître jusqu’au bout pour autant qu’on ait la force, la force, la patience et le courage d’aimer.

Ce qui est extraordinaire et bouleversant, avec celles et ceux qu’on aime mais avec les autres aussi, même si on s’y intéresse moins ; ce qui est extraordinaire et profondément bouleversant, c’est la prise de conscience de l’immensité qui git en chaque être humain, immensité que l’amour nous permet parfois de découvrir avec stupéfaction mais qui souvent ne peut grandir et demeure étouffé : étouffé, crie Saint-Exupéry à la fin de Terre des hommes, comme un Mozart assassiné.


En illustration sonore, Les gens qui doutent d’Anne Sylvestre, parce que, même si cette chanson ne parle pas tout à fait de ce dont je parle ici, elle traite d’un thème qui s’en rapproche : le doute et la difficulté de trancher vont souvent de pair avec la complexité.


Et en illustration (création hybride à partir d’une esquisse créée sur téléphone portable et remaniée par l’IA de Samsung), une femme chapeautée et à plusieurs facettes faisant du yoga dans le Vexin.


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