Divertissement : bouger pour être sûr de vivre

Written by Aldor

Quand les Parisiens (et je présume, les habitants des autres grandes villes) sortent, vers midi, pour aller déjeuner ou faire quelques courses, ils se comportent (et moi de même) comme s’ils étaient pressés par une urgence particulière. Cela se voit notamment à leur façon de traverser la rue, le plus souvent sans attendre que le petit bonhomme du passage clouté soit devenu vert.

Il y a sûrement, dans cette grande foule qui envahit les rues, des personnes objectivement pressées : elles ont une réunion, plein de choses à faire, un rendez-vous avec leur amant, leur maîtresse, leur femme, leur mari, leurs enfants, que sais-je ? Mais la majorité d’entre elles n’ont pas de contrainte et ce n’est probablement pas l’envie pressante de revenir au bureau qui justifie leur façon de faire.

J’ai l’impression que la justification est plutôt négative : les gens vont vite et traversent la rue sans attendre que le bonhomme ne soit devenu vert parce qu’ils ne veulent pas attendre. Ça n’est pas la vitesse qu’ils recherchent. C’est le piétinement à côté du feu qu’ils fuient.

Il en va de même dans les lieux dédiés à l’attente : les salles d’attente sont pleines de journaux, de gens qui lisent, qui jouent avec leur téléphone ou qui font des mots croisés. Très rares sont, dans ces endroits, les gens qui se contentent d’attendre sans manipuler quelque chose, sans chercher, d’une façon ou d’une autre, à remplir l’instant.

L’attente nous met mal à l’aise, comme le silence et le vide. Ce n’est pas seulement qu’elle nous ennuie – car le spectacle de la rue, des visages, de la diversité des choses, pourrait largement nous occuper et combler ce prétendu ennui – mais c’est qu’elle nous dérange et nous fait nous sentir mal, comme ces grands vides qui s’instaurent parfois dans une conversation et que nous redoutons comme la peste.

L’attente vide de tout nous fait peur. Nous cherchons par tous les moyen à l’occuper, à la remplir, à la combler, en bougeant, en nous agitant, en nous remuant, en chantonnant, en faisant tout pour boucher ce trou dont la béance nous terrorise comme la mort.

Ce que Pascal appelait le divertissement.

 

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