Salle de la Fontaine

Written by Aldor

J’avais une réunion, hier, dans ce qui est peut-être la salle du conseil d’administration d’une grande entreprise italienne. Salle cossue et ample, meublée d’une longue table de travail et, accrochés au murs, des tableaux représentant les visages des principaux dirigeants de l’entreprise depuis sa création à la fin du XIXème siècle.

Et puis il y avait – et c’est ce qui donne son nom à cette salle – une sorte de fontaine en marbre, avec une grande vasque, sur le rebord de laquelle était gravé le vers que François consacre à l’eau dans son Cantique de frère soleil :

Laudate si mi signore per sora acqua la quale e multo utile et humile et pretiosa et casta.

Loué soit mon seigneur pour (mais également : au travers de) la soeur eau, laquelle est très utile et humble, et précieuse, et chaste.

Il y avait un apparent paradoxe dans la confrontation de ce vers, qui loue l’eau pour son humilité, à cette galerie de portraits de dirigeants. Mais l’on revenait vite de cette première impression : de ces personnages bien habillés et qui avaient posé pour le peintre, les noms étaient oubliés. On ne retenait plus d’eux, désormais, que leur visage, avec leur regard, et le fait que, dans leur rôle de dirigeant, ils avaient fait ce qu’ils pouvaient : ils avaient, comme de bons ouvriers, oeuvré pour leur entreprise et, au delà de celle-ci, pour leurs contemporains : ils étaient devenus anonymes et n’étaient plus – ce qui est beaucoup – que les visages sans nom d’hommes (car il n’y avait pas de femmes…) ayant bien fait leur travail au service des autres. Utiles, ils l’avaient été ; et dans la mort, ils étaient finalement devenus humbles comme l’eau.

Et puis il y avait cette phrase curieuse de François.

Que l’eau soit très utile, humble et précieuse, qui en douterait ? Mais pourquoi François la qualifie-t-elle de chaste ? Pourquoi cet adjectif qui paraît ici incongru ? J’y reviendrai car il y a sûrement dans cela des choses à comprendre sur la chasteté.

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