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Service public et renoncement

Je participais hier (et encore aujourd’hui) à une sorte de séminaire de réflexion sur le service public et son évolution.

Ce qui frappait, dans les propos des différents intervenants, c’était la place accordée aux valeurs et comportements moraux : abnégation, générosité, empathie, compassion. Mais plus encore, l’idée que, dans le mouvement général de rétractation des moyens et compétences de l’Etat, l’esprit du service public pouvait consister, pour les administrations et services de l’Etat, à renoncer à leurs prérogatives, à lâcher prise, pour laisser à d’autres le soin de faire mieux ce qu’eux-mêmes étaient désormais incapables de faire.

Je pensais aux PIMMS, ces points d’information et de médiation qui rendent aujourd’hui aux personnes en difficulté les services d’aide et d’accompagnement qui étaient hier rendus, en sus du reste et gracieusement, par la collectivité et les services publics. Je pensais au Tsimtsoum, ce renoncement initial de Dieu à sa toute puissance qui permet au monde de trouver sa place et qu’évoque la Kabbale. Et je pensais à ce que, sans le citer, Simone Weil en dit : en se rétractant en lui-même, en acceptant de ne pas occuper tout l’espace, Dieu fait paradoxalement acte de générosité. Et paradoxalement aussi, ce renoncement est créateur. Car c’est en renonçant à occuper toute la place, en renonçant à aller au bout de son pouvoir, au bout de son hubris, qu’on laisse à d’autres la possibilité d’émerger, de grandir, de s’accomplir. Et ce renoncement, au bout du compte, n’est pas une perte de substance mais un gain, un ajout, un enrichissement.

Peut-être est-ce comme une chance d’enrichissement plus que comme une perte à regretter que le service public doit envisager la rétraction de ses moyens.

Vient un moment où lâcher prise en aidant l’autre vaut mieux que se battre pour soi.


 

PS : Pas d’enregistrement aujourd’hui. Pas le temps.

5 réflexions au sujet de « Service public et renoncement »

  1. C’est intéressant cette vue collective du renoncement dans le lâcher prise, de cette confiance en ce qui est, évolue.. 🙂 Je suis tout en à fait en accord avec les propos de Simone Weil, lus et relus dans “la pesanteur et la grâce” 🙂 Maintenant, concernant le collectif, c’est bien plus complexe : la fin pour “l’évolution” n’a pas toujours été la solution, je pense au libre échange, à la mondialisation. Alors, je ne dirais pas une chance de “faire mieux”, mais “faire différemment”. Après, il y a des regrets “chers payés” non ? Les collectivités territoriales dans certains services ont causé plus une perte qu’un gain et ont une responsabilité navrante, et inversement, des services ont œuvré magnifiquement et ne méritent pas d’être ainsi annihilés. Je ne sais pas, mais en termes de collectif, je tablerais plus sur le “diagnostic” que le “lâcher prise” 🙂 Même si ce diagnostic annonce une finalité.

    1. Christelle,

      Je ne vais te faire une réponse de bisounours prétendant que tout est parfait (bien que la mondialisation, par exemple, considérée d’un point de vue global : Nord et Sud, pays pauvres et pays riches, ne soit peut-être pas si négative que cela). Je sais qu’il y a des choses qui se perdent et que cela paraît une perte sèche parce que rien ne vient les remplacer. Je dis seulement qu’il faut parfois mieux accepter spontanément des nouvelles répartitions de rôles que de vouloir garder toutes les fonctions et de les laisser s’étioler.

      1. je suis d’accord pour la réflexion que cela génère. Par contre, pour la mondialisation, la possibilité d’avoir accès à des biens qui nous font défaut est agréable. Malheureusement, tout a été faussé à l’aune du profit et de l’accord politique.

  2. Ton point de vue est intéressant et subtil.
    Mais pratiquement est ce que la conséquence de ce rétrécissement ou de ce désengagement n’est pas d’ouvrir la porte non aux bonnes volontés ainsi valorisées mais plutôt aux volontés intéressées ?

    1. Bien sûr que ça ouvre aussi la porte aux volontés intéressées. Mais pas forcément et pas seulement. Il était question d’une start-up, d’une ONG à but non lucratif créée par des jeunes jeunes talents passés par la Silicon Valley, qui a développé un algorithme qui permet de conseiller et d’orienter beaucoup plus efficacement les chômeurs que ne le fait Pôle Emploi. Pôle Emploi lui a ouvert ses fichiers et l’alliance des deux fonctionne mieux que ne l’aurait jamais fait Pôle Emploi.
      Dans le monde lucratif, c’est un peu l’idée de Capitaine Train-Trainline, que tu connais peut-être, qui rend la réservation de trains infiniment plus efficace et plaisante que le site de la SNCF : et en laissant d’autres utiliser ses données (elle y a d’ailleurs été un peu forcée par l’ADLC), la SNCF a permis que ce service soit régénéré, au bénéfice commun.

      Si l’Etat a de l’argent, tout va bien. Quand il en manque, renoncer à certains trucs qu’on ne sait plus ou pas bien faire pour les confier à d’autres vaut sans doute mieux que de s’arc-bouter dessus pour les faire mal.

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