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Joie


Depuis que l’homme est homme, probablement, il conçoit le monde, pense et vit selon deux directions opposées : l’une qui est lumineuse et joyeuse ; l’autre sombre et austère.

Cela se voit dans sa conception de l’amour – j’en parlais l’autre jour à propos de l’encratisme : pour certains, l’amour est source de joie, de bonheur, d’embellissement de soi, des autres et du monde, et c’est dans ce mouvement positif même qu’il porte ses vertus ; d’autres gauchissent cette approche pour ne retenir de cet élan empathique que le respect dû aux autres et la distance, l’amour devenant alors quelque chose d’austère et de triste, un devoir moral affichant grise mine.

Cela se voit aussi dans le mouvement écologique. L’écologie, c’est ce qui nous pousse à épouser la cause du monde, à défendre sa beauté, son infinie diversité, sa somptueuse richesse, l’immense joie de la création. Mais certains jettent sur cet élan une chape de bien-pensance et étouffent ce dynamisme sous une sorte d’ordre moral au gré duquel il faudrait faire repentance et pénitence car nous avons avons été trop joyeux, trop plein d’énergie, pas assez humbles et modestes. Et c’est ainsi qu’une pensée d’amour et la recherche d’une voie heureuse se mue en une défense non pas de l’austérité matérielle, qui peut-être très bonne et joyeuse mais en un sermon sur le poids de nos péchés, la nécessité du sacrifice et la malignité de l’esprit de jouissance. Ici encore, joue, en notre tréfonds, cette tentation névrotique d’un ordre moral qui nous fait ranger du côté du Mal et du satanique tout ce qui est bon et agréable.

Et pourtant, rien ne peut sortir, rien ne peut naître de ce renfermement morbide et mortifère qui va à l’encontre de la vie . Il n’y a que la joie qui puisse sauver.


PS : Comme avec toutes les choses intéressantes, on est là sur une ligne de crête. Défendre la joie n’est évidemment pas défendre le gaspillage et l’hubris. Et défendre la sobriété matérielle et la modération n’est pas forcément défendre l’austérité. Le basculement de l’un à l’autre, qui change tout, est affaire d’intention ; c’est pourquoi la dérive est si facile et si fréquente. Il faut, dans ce genre de choses, attention et subtilité, comme dans toutes les choses importantes…


En introduction et en conclusion musicales, Heads up, de Jain, (tiré de l’album Zanaka) dont la joyeuse exubérance toloso-africaine est tellement en harmonie avec mon propos.

3 réflexions au sujet de « Joie »

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