Ce qu’on désire, dans le désir, c’est le désir de l’autre

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Ce qu’on désire, dans le désir, c’est le désir de l’autre. Ce qu’on désire – et je je prends “désir” dans son acception la plus large – ce n’est pas seulement l’autre mais plus encore, que cet autre nous désire.

J’ai bien conscience, disant cela, de redécouvrir un chose depuis longtemps découverte, dont Lacan a déjà parlé et que j’ai moi-même, dans mon existence, déjà à de nombreuses reprises redécouverte. Mais quand on redécouvre, sans aide extérieure, une chose, aurait-elle été déjà mille fois découverte, on n’en est pas moins content.

Ce qu’on désire, c’est que l’autre nous désire. Et le nœud trivial des stratégies de séduction est là : faire attendre l’autre, se faire désirer, comme on le dit si bien ;  ne pas assouvir son désir pour le maintenir entier – et pour ainsi maintenir et accroître le pouvoir que nous avons sur lui.

Poussée plus loin, cette stratégie peut devenir étrangement perverse : pour maintenir le pouvoir que nous avons sur l’autre, et qui repose sur l’inassouvissement de son désir, nous allons sacrifier le désir primaire que nous avions de l’autre. Parce que le plaisir de la puissance est plus grand que celui des sens ou de la douceur. Etre désiré, il y a certainement des êtres que cela peut combler et qui, consciemment ou inconsciemment, n’aspirent qu’à rester dans cet état ; de cela, Molière et Buñuel ont largement parlé avec les personnages de Célimène et de Conchita dans Le Misanthrope et dans Cet obscur objet du désir.

Je crois, au bout du compte, que Célimène et Conchita sont radicalement malheureuses. Elles restent au bord de leur vie. Elles sont puissantes et ont prise sur ceux qui les aiment mais il n’y a derrière qu’un grand vide, une grande peur de n’être plus maîtresses d’elle-mêmes. Une grande peur de vivre.

 

 

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11 Comments

  1. 23 novembre 2019
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    J’ai le sentiment qu’au delà de cette histoire d’ego, ce à quoi l’on aspire vraiment c’est de sentir le désir (dans tous les sens du terme) en nous même : « l’en VIE » et que beaucoup font fausse route en cherchant cette étincelle à l’extérieur

    • 23 novembre 2019
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      C’est intéressant ce que tu dis. Car nois aimons, effectivement, sentir le désir en nous. C’est contre-intuitif mais c’est ainsi : nous aimons être désirant car nous y sentons la vie.

      Que nous aimions être désirant ne signifie toutefois pas que le desir des autres nous soit indifférent. Il y a là une histoire d’ego, tu as raison aussi, mais pas seulement, ou pas toujours. C’est quand l’égo supplante l’amour, qu’il l’empêche, que les choses dérapent et se pervertissent.

  2. 23 novembre 2019
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    La peur de vivre tue le désir
    La peur d’être rejeté tue l’envie

    • 23 novembre 2019
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      Oui, et oui.

      Je crois que nous sommes tous atteints par cette peur. Et parfois, on arrive à la dépasser. Ou peut-être le croit-on et on se trompe.

  3. 25 novembre 2019
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    Encore un sujet très subtil et sensible…Il n’est rien de lus fragile que le désir…
    Pourtant, il existe des moments, dans cette vie, où toutes les questions philosophiques s’envolent pour laisser la place à la Vie, à ses battements simples et évidents, à ses chamades particulières. On désire. On est désiré. Et l’union qui en résulte a quelque chose de divin, qui réconcilie la flèche et la blessure…
    •.¸¸.•`•.¸¸☆

    • 25 novembre 2019
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      Merci Célestine. A vrai dire, sur ce sujet, qui est effectivement sensible, je ne suis pas sûr d’être très subtil.

  4. 13 décembre 2019
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    Charmer, séduire, se faire désirer, mais se dérober à chaque fois pour laisser l’autre en état de manque, le laisser avec le vide. Et puis revenir, sûr de retrouver sa proie et recommencer. Il y a des personnes qui agissent ainsi, j’en ai rencontrées. Je pense soit qu’elles sont perverses, soit qu’elles ont un tel vide en elles qu’elles n’ont trouvé que ce moyen pour exister. Manipuler les autres pour être toujours dans leurs pensées. C’est un jeu dangereux, car les autres, au bout d’un certain temps, se lassent de ce manège, et leur tournent définitivement le dos. Mais ces êtres charmeurs et séducteurs trouveront de toute façon d’autres proies, ils ne savent pas faire autrement. Je les plains…

  5. 18 décembre 2019
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    N’est ce pas finalement toujours la peur de se sentir seul et abandonné ?

    • 18 décembre 2019
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      Je ne suis pas sûr. Mais tout cela est tellement compliqué, et tout s’y emmêle tellement !

  6. 19 décembre 2019
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    Certainement. 🙂 Bonne journée !

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