Le monde que nous voulons sauver

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Discussion, l’autre soir, avec Matthias notamment, sur la question de savoir s’il ne vaudrait pas mieux, pour améliorer les conditions de vie des générations futures, renoncer à certains au moins de nos enfants. Et la majorité d’entre nous de répondre non, mais sans comprendre, en fait, le vrai sens de la question.

A cette vraie question, je ne répondrai pas plus aujourd’hui ; elle est trop difficile. Mais ayant alors dit, à côté de la question posée, que le monde que je voulais sauver était celui où il y avait des hommes, car sans eux, il ne valait pas la peine d’être sauvé, je corrigerai cette réponse – toujours sans répondre à la question – pour expliquer ce que je veux sauver.

Ce que je veux sauver, c’est l’enfance. Ce n’est pas moi, ce n’est pas le monde où je vis, ce n’est pas la beauté de l’univers, c’est l’enfance et le jaillissement joyeux, incontrôlé et anarchique de la vie, le monde dans son perpétuel recommencement, dans son continuel balbutiement, dans son éternel inachèvement.

Ce que je veux sauver, c’est la grâce du mouvement incessant des choses et des êtres, la ronde des saisons, le clignotement du jour et de la nuit, la pérennité du monde en ce qu’il est toujours nouveau, comme ce fleuve où jamais on ne se baigne deux fois, comme un flux continu et irrépressible.

Ce que je veux sauver, c’est le rire. Non pas la zénitude et les mines compassées, la gravité des moines et le sourire du Bouddha, non pas seulement la sagesse et la bonté mais un monde où tout se mêle, où l’orgueil côtoie l’humilité, où la bienveillance illumine des faces plus sombres et où l’éclat de rire décape, fend l’écaille des choses et les révèle.

Ce n’est pas un monde parfait que je veux sauver, mais le monde tel qu’il est, dans son épaisseur et ses échafaudages, dans son entièreté, comme on aime les êtres que l’on aime.

2 réflexions au sujet de « Le monde que nous voulons sauver »

  1. emotionsdefemme – Narbonne - France – J'ai eu un parcours professionnel atypique. Architecte urbaniste, restauratrice puis cadre commerciale, j'ai été frappée par une maladie neurologique fin 2013 qui m'empèche de dormir. J'ai profité de ces nuits blanches pour recommencer à dessiner et à écrire des poèmes qui traduisent mes « Emotions de femme. »
    emotionsdefemme dit :

    Comme c’est beau ce billet Aldor ! Je me rends compte que nos enfants se posent la question d’avoir des enfants, du monde qu’ils vont leur offrir, en toute sincérité. Et la vie que l’on offre à nos enfants depuis la nuit des temps, c’est ce que tu nous offres ce soir, la grâce de l’enfance, la beauté de l’instant et le rire qui efface les rides de l’ennui … Merci, de tout cœur merci pour ton humanité !

  2. Merveilleux et vaste programme.
    Ton billet est magnifique.
    Mais pour sauver l’enfance, il va nous falloir renoncer à un niveau de vie qui dilapide les ressources de la terre.
    Et cela, peu de gens y sont prêts…
    •.¸¸.•`•.¸¸☆

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