Hauteur et grandeur

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Dans l’épilogue de la Conférence des oiseaux,  Farid-ud-Din ‘Attar, reprenant la parole pour expliquer son long poème, observe que beaucoup de gens se croient grands alors qu’ils ne sont que hauts.

On est grand quand on a la tête dans les étoiles mais les pieds bien au sol, tenant les deux bouts et n’oubliant pas ce qui nous relie à la terre. Il suffit en revanche, pour être haut, d’avoir escaladé une montagne ou de s’être perché sur les épaules d’autrui. On peut être haut tout en restant petit.

Il ne s’agit évidemment pas d’un problème de taille ; je serais bien mal placé pour en parler, moi qui dépasse à peine trois pommes ; mais d’un problème d’ouverture : la grandeur fait connaître un large spectre parce que, tout en tendant vers le haut, le divin et le spirituel, elle assume l’épaisseur des êtres que nous sommes et leur enracinement dans la chair et la matière. La hauteur, quant à elle, peut se contenter d’être éthérée, aérienne, avique, c’est-à-dire finalement abstraite et déliée de tout.

La grandeur, comme la grandeur d’âme, est naturellement généreuse. Elle sait d’où elle vient, connaît les tribulations de l’incarnation et ne se renie pas. Elle tire fierté d’être cette créature non pas tant à mi-chemin que touchant tout à la fois à ceci et cela mais elle en sait les faiblesses et les comprend, à défaut de les pardonner. La hauteur, au contraire, peut, parce qu’oublieuse d’elle-même, se montrer hautaine et méprisante : se croyant arrivée, et de la nature des anges, bien souvent elle fait la bête ; et son orgueil d’être montée si haut la fait chuter dans l’idolâtrie d’elle-même.

Nous sommes ce que nous sommes et ne pouvons laisser de côté ou abandonner une part de nous-mêmes. C’est pourquoi les arts qui le plus profondément nous touchent et nous élèvent sont aussi ceux qui le plus profondément nous émeuvent en faisant vibrer toutes les cordes de notre être : la danse et le chant, en qui le corps et la voix se révèlent, et qui réunissent, en leur incarnation joyeuse, tous les désirs que nous portons en nous, ceux des sens et ceux de l’esprit, la pesanteur et la grâce.

Katia l’autre jour parlait de ceux qui, arrivés au sommet de la montagne, parfois continuent à monter et parfois redescendent. L’important est aussi de ne pas oublier d’où l’on vient, qui l’on est.

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