La guitare et la caverne

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J’écoutais ce matin de la musique et me disais qu’elle est comme un démenti du mythe de la caverne. Car dans la musique, l’interprétation singulière, ce que nous percevons, n’est pas la copie dégradée, l’ombre grossière d’une mélodie première qui serait un modèle pur et idéal ; elle est la musique elle-même. Ce n’est pas dans la mélodie qu’est la vérité, l’essence de la musique mais dans le grattement de la guitare, les harmoniques du violoncelle, le grain et la couleur de la voix.

Non seulement la musique n’est vraiment que dans son interprétation mais c’est là aussi qu’elle touche vraiment au ciel, au moment où elle est jouée et où l’on ressent pleinement sa fragilité, sa fugacité. Car l’essence de la musique est notamment là, dans l’acceptation du silence, dans la voix qui hésite, dans le grincement léger de l’instrument, dans la conscience du caractère unique et éphémère de ce qui se produit. Et c’est de ce renvoi soudain au temps qui passe et à la mort que naissent aussi le déchirement et l’émotion.

Dans la musique, tout est matérialité, instantanéité et incarnation, sans présence rassurante d’un monde des idées ou d’une vie éternelle dans laquelle les défauts pourraient être gommés et le temps perdu rattrapé. C’est justement en cela qu’elle est sublime : tout se passe ici et maintenant.

Que serait le monde s’il n’avait pas été créé, si Dieu ne s’était pas replié en lui-même, dans le Tsimtsoum, pour permettre au Verbe et à l’idée de s’incarner dans le silence et le vide ?

Peut-être rien, nous dit la musique.


 

La musique qu’on entend derrière (et qui a inspiré cette réflexion), est le chant catalan El cant dels ocells, dans l’arrangement pour violoncelle de Pablo Casals, chanté et joué par Rosemary Standley et Dom La Nena (qui forment à elles deux l’ensemble Birds on wire).

Le photo représente l’ensemble Trio in Uno en concert à la Cigale, en mai 2019.

3 Replies to “La guitare et la caverne”

  1. Une reflexion tres interessante, qui me pousse a plus de reflexions encore.

    Je n’ai pas le sentiments que la caverne de platon soit en contradiction avec l’interpretation de la musique, j’ai plutot l’impression qu’elles concordent et que notre choix de voir cela sous un jour positif ou negatif est ce qui les differencie:

    Dans le mythe de la caverne, notre instinct nous pousse a voir cela de maniere negative, nos qualia limité nous empecherait de regarder la realite en face, et nous nous sentons triste de ne jamais pouvoir rompre nos chaine pour quitter la caverne et ses limites sensorielle.

    Dans l’interpretation de la musique, notre instinct nous pousse a voir cela de maniere positive, nos qualia limité sont ce qui rendent l’experience unique et belle, une connaissance parfaite de la composition ne pouvant jamais se substituer a notre ressenti..

    D’une certaine maniere cette reflexion me pousse a considerer que les limites de la caverne peuvent etre vue comme une bonne chose, Ce sont ses limites qui rendent l’experience subjective et agreable.

    J’imagine que voir cela positivement ou negativement sera comme tout, ca dependra des jours

    1. Aldor – Paris, France – Un Parisien qui blogue, Un deuxième improvise, Un troisième se promène, Un quatrième montre des images, Un cinquième écrit. Ce sont pourtant les mêmes : https://improvisations.fr, https://aldoror.fr, https://promenades.improvisations.fr, https://images.improvisations.fr, https://lignes.improvisations.fr, https://notes.improvisations.fr
      Aldor dit :

      Par moments, je crois comprendre ce que vous voulez peut-être dire, et puis ça s’échappe , et j’en reste à : ce sont deux expériences contraires : l’une qui magnifie l’idée dont toute incarnation ne serait que dépravation ; et l’autre où l’incarnation est la vérité la plus pure de la chose.

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